Pourquoi le prix du riz explose au Japon

Agathe Perrier

Agathe Perrier
Les prix du riz ne cessent de grimper au Japon. Ils ont quasiment doublé en avril, augmentant de +98,4 % sur un an, un record, après déjà +92,5 % le mois précédent. Une envolée qui dope l'inflation générale dans le pays (+3,5 % sur un an en avril, après +3,2 % en mars).
Quatre raisons principales expliquent ce renchérissement, qui a débuté il y a près d'un an. D'abord, la mauvaise récolte de 2023 en raison des fortes chaleurs cette année-là. À cela s'est ajoutée une vague d'achats de panique l'été dernier, après un avertissement de « méga séisme » qui a incité les Japonais à faire des stocks. L'afflux record de touristes est accusé d'avoir encore grossi la consommation. Et, selon les experts, des négociants stockeraient des grains, espérant la poursuite de la hausse de prix pour muscler leurs profits à terme.
Pour enrayer cette tendance, le gouvernement japonais a pris des mesures plus tôt cette année. Mi-février, il a annoncé débloquer ses réserves stratégiques de riz. Une décision inédite dans ce cas de figure : jusqu'à présent, ces réserves n'étaient en effet ouvertes qu'en cas de catastrophe naturelle ou de forte baisse des rendements agricoles. Au total, plus de 300 000 tonnes ont été mises aux enchères sur le marché des grossistes à la suite de ce choix.
Reste que, des dires même du ministre de l'Agriculture, Shinjiro Koizumi, cela n'a pas permis de réduire le prix du riz dans les commerces. C'est pourquoi, fin mai, il a indiqué la nouvelle stratégie du gouvernement : vendre les réserves stratégiques de l'État directement à de grands détaillants. Le ministre a aussi précisé que l'exécutif se donne la possibilité d'augmenter la quantité de riz sortie des réserves, si les 300 000 tonnes prévues ne suffisent pas.
Ces efforts semblent porter leurs fruits. Le prix moyen au détail a légèrement baissé début juin pour la deuxième semaine consécutive, à 4 223 yens (25,55 euros) les cinq kilos.
La crise du riz complique la situation du Premier ministre conservateur, Shigeru Ishiba, le soutien public étant au plus bas depuis son élection en octobre dernier. Or, des élections à la chambre haute du Parlement se profilent en juillet.
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Le sujet pourrait peser de tout son poids sur le scrutin. Preuve en est : la récente démission du précédent ministre de l'Agriculture, Taku Eto. À la fin mai, il a renoncé à son poste après avoir déclaré qu'il n'achetait jamais de riz car il en recevait gratuitement. Une remarque qui avait choqué l'opinion, compte tenu du contexte.
Agathe Perrier