Elle crève l'écran. Incontestablement. À seulement 32 ans, elle accumule les récompenses : prix de la meilleure actrice à la Mostra de Venise 2017 pour Les Bienheureux, césar du meilleur espoir féminin en 2020 pour Papicha et, trois ans plus tard, celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Novembre, de Cédric Jimenez. Soit un palmarès fulgurant. Vertigineux, aussi, pour cette fille d'Algériens, exilés en France pendant la décennie noire. Lyna Khoudri a grandi à Aubervilliers, l'une des communes les plus pauvres de France, s'imprègne de la rébellion et de la détermination transmises par son père journaliste, ex-star de la télévision algérienne.
Elle nous reçoit en pleine promo de 13 Jours 13 nuits, un film signé Martin -Bourboulon adapté du livre autobiographique de Mohamed Bida. Aux côtés de Roschdy Zem, elle incarne une humanitaire franco-afghane qui aide à organiser le dernier convoi pour fuir l'arrivée des talibans au pouvoir. Une histoire qui fait écho à celle de ses parents...
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous avez 2 ans lorsque vos parents fuient l'Algérie du jour au lendemain, en 1994...
LYNA KHOUDRI — Ce n'est pas vraiment du jour au lendemain : mon père a résisté pendant quatre ans aux menaces de mort quotidiennes des fondamentalistes algériens. Il est issu d'une fratrie de dix enfants et a été le seul à étudier à Alger, à voyager à l'étranger, à chercher l'excellence. Il a grandi dans une famille de paysans avec des parents éleveurs de poules. Alors, devenir journaliste n'était pas du tout prévu dans son plan de vie. Il a une histoire très particulière de transfuge de classe. En Algérie déjà, puis en France où il a dû repartir de zéro. Il m'a retransmis ce goût d'aller chercher toujours plus loin et de me faire revivre ce parcours de transfuge de classe.