Le premier est une légende vivante de la gastronomie qui déteste qu'on le considère comme telle, préférant se présenter simplement comme un « cuisinier ». Le second, de trente ans son cadet, est de la même trempe et suit ses traces avec autant de talent et d'humilité. Pierre Gagnaire et Alexandre Gauthier pourraient pourtant se pousser du col en raison de leurs nombreuses distinctions : le septuagénaire est propriétaire de ses trois restaurants parisiens (dont le Balzac, triplement étoilé, Gaya et Piero TT) et en chapeaute neuf autres (à Nîmes, Londres, Shanghai...) ; le quadragénaire est à la tête de La Grenouillère, deux étoiles au guide rouge à La Madelaine-sous-Montreuil (Pas-de-Calais) et régale aussi ses clients dans quatre autres établissements, du café au bistrot ou restaurant iodé, comme Anecdote à Montreuil-sur-Mer ou Sur Mer à Merlimont.
Mi-cuisiniers, mi-artistes, ces deux génies de la cuisine ont un sens du goût et de la créativité qui leur a permis de creuser leur propre mode d'expression culinaire. Mais il serait trop rapide de résumer leur parcours à un chemin semé d'étoiles. L'un comme l'autre ont connu dans leur vie un grand revers de fortune qui aurait pu les laisser à terre : Pierre Gagnaire, une faillite personnelle, en 1996, à la suite de l'échec de son restaurant à Saint-Étienne ; Alexandre Gauthier, la terrible inondation de La Grenouillère, baignant dans 55 centimètres d'eau après la tempête de l'hiver 2023, et sa fermeture pendant seize mois. Comment ont-ils rebondi après ces deux épreuves ? Rencontre.