LA TRIBUNE DIMANCHE - Pourquoi revenir vers le public avec un spectacle ? Vous auriez pu écrire un livre, comme souvent les anciens ministres...
ÉRIC DUPOND-MORETTI - Pour moi, c'était une évidence puisque j'avais déjà fait un seul en scène sur le métier d'avocat qui avait eu un certain succès. Et puis j'ai été trente-six ans avocat pénaliste aux assises. Je n'étais pas avocat d'affaires ! Le pénaliste, il est dans l'oralité. À l'issue du premier confinement, alors qu'on devait faire quelques grandes salles dont Pleyel, je n'avais pas pu remonter sur scène : j'avais accepté d'être ministre entre-temps. Donc, être ici, c'est une boucle bouclée.
Vous semblez étonnamment vulnérable seul sur scène...
Vulnérable, je ne sais pas. Au fond, qu'est-ce que je risque à part me prendre trois tomates sur le coin de la figure ? Alors que quand je plaide, il y a derrière moi un type qui joue sa liberté.
Ce spectacle sert à digérer votre passage en politique, et en particulier votre mise en cause devant la Cour de justice de la République [il a été relaxé] ?
J'en parle, d'ailleurs. D'emblée, je dis mon ambition aux spectateurs : c'est de les prendre par la main et de leur faire découvrir un monde que peut-être ils ne connaissent pas. C'est important pour moi de dire un certain nombre de choses, de mettre quelques pendules à l'heure, de régler quelques comptes. J'essaie aussi d'expliquer les raisons du désamour entre les Français et leurs hommes et femmes politiques. Avec parfois des paradoxes : 87 % de nos concitoyens pensent que les élus sont corrompus. Ils chantent les louanges de l'État de droit. En réalité, ils sont en quête permanente de passe-droits. Le nombre de lettres que j'ai reçues demandant des interventions pour Unetelle ou pour Untel... J'essaie d'analyser tout ça.