« Pour un oui ou pour un non », « Candide ou l’optimisme », « Faire semblant d’être moi »... Notre sélection scènes de la semaine
Un grand classique du XXe siècle revisité, le monologue pépite de Luce Mouchel et Candide haut en couleur : découvrez notre sélection scènes de la semaine.
ARMELLE HÉLIOT
Découvrez notre sélection scènes de la semaine.
LTD/Christophe RAYNAUD DE LAGE ; alexander kachkaev ; Pascal Gely/Hans Lucas
Espiègle Sarraute
On ne dira jamais assez à quel point Nathalie Sarraute était drôle. Jusqu'au bout de sa vie, en 1999, à près de 100 ans, son sentiment profondément tragique de la vie ne l'aura jamais empêchée d'exercer son beau regard sur le monde et les êtres, compassion et ironie tressées. On aime Pour un oui ou pour un non comme un grand classique du XXe siècle. On n'oublie pas les « créateurs » sur scène de cette pièce qui, pour l'écrivain, était un dialogue dont elle n'imaginait pas l'incarnation théâtrale. La regrettée Simone Benmussa dirigea Jean-François Balmer et Sami Frey au soupir près. C'était en 1986. Sarraute était épatée !
Pour un oui ou pour un non. Lucernaire, à 18 h 30 du mardi au samedi, dimanche à 15 heures. (Crédits : LTD/Christophe RAYNAUD DE LAGE)
Près de quarante ans plus tard, le texte est au programme du bac. Assis sur un banc, devant un panneau aux variations orangées assez « vintage », deux virtuoses s'affrontent. Pacifique, déboussolé, incrédule, le solaire Christophe Brault ; sombre, douloureux, agressif, le très aigu Scali Delpeyrat s'enflamme. Sylvain Maurice les dirige magistralement, musicalement. C'est aussi drôle que cruel. Un grand classique magnifié.
Pour un oui ou pour un non. Lucernaire, à 18 h 30 du mardi au samedi, dimanche à 15 heures. Durée : 1 heure. Jusqu'au 16 mars. Tél. : 01 45 44 57 34.
Depuis ses années au Conservatoire, à la fin de la décennie 1980, on admire Luce Mouchel. Elle est exceptionnelle. Elle possède une très forte personnalité. Mais sans agressivité aucune. Elle est douce et bouleversante. Elle a travaillé avec de nombreux metteurs en scène, de Daniel Mesguich à Stéphane Braunschweig en passant par le regretté Jacques Nichet.
Faire semblant d'être moi. La Flèche, chaque samedi à 19 heures. (Crédits : LTD/alexander kashkaev)
Elle a une jolie trajectoire au cinéma, une carrière importante à la télévision. Dans Faire semblant d'être moi, monologue qu'elle a composé et dans lequel, avec esprit, elle évoque son enfance, son adolescence, jusqu'aux portes de son royaume théâtral, elle subjugue les spectateurs. Dirigée par Xavier Maurel, metteur en scène d'invention et de tact, elle donne toutes les couleurs d'un art irrésistible. Mince et souple dans un pantalon à pont, légère et vive, elle inspire une allégresse certaine, même si elle évoque parfois des moments difficiles de son parcours. Elle est brillante, subtile, et la joie emporte chacun devant tant de talents conjugués, du jeu dramatique au piano. Une pépite.
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Faire semblant d'être moi. La Flèche, chaque samedi à 19 heures. Durée : 1 h 15. Jusqu'au 15 mars. Tél. : 01 40 09 70 40.
Trois ? Seulement trois sur le plateau astucieusement aménagé par Jean-Michel Adam et éclairé par Denis Koransky ? Trois : Candide par le vif Charles Templon, Cassandre Vittu de Kerraoul pour Cunégonde, l'éternelle fiancée... et quelques autres, Sylvain Katan est Pangloss et tous les autres, toutes les autres. Un homme festival ! Trois, oui, mais : ce spectacle ne nous enchanterait pas à ce point sans la présence d'un comédien extraordinaire que l'on a applaudi au début de saison dans Ostinato à la Huchette. Une voix reconnaissable entre mille : celle de Claude Aufaure. Il est le narrateur. Il nous happe, on le suit, ce conteur délicat qui fait le lien entre les aventures hautes en couleur du jeune Candide.
Candide ou l'optimisme. Poche-Montparnasse, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche 17 heures. (Crédits : LTD/Pascal Gely/Hans Lucas)
Didier Long signe une excellente adaptation, vive et fine, et dirige extrêmement bien les interprètes qu'il a choisis avec intelligence. Candide a toujours plu aux hommes et femmes de théâtre, et ce texte tonique que l'on aborde dès l'école est souvent porté à la scène. Cette version est excellentissime. C'est enjoué et aigu. L'ironie et la colère même de Voltaire sont préservées. Rien de lénifiant. C'est féroce, mais on aime les personnages et leur humanité.
Charles Templon sait nous faire croire à la... candeur du jeune homme aventureux. Cassandre Vittu de Kerraoul est aussi séduisante que vaillante. Quant à Sylvain Katan, il nous subjugue, toujours sur le fil, dans une série de transformations virtuoses. Une fête pour toutes générations. On rit, on sourit, on réfléchit. Et retourne lire son cher Voltaire.