Chantal Thomas : « Christophe Ono-dit-Biot nous livre la clé, bleue et salée, de son goût du bonheur »
Pour « La Tribune Dimanche », Chantal Thomas, qui siège depuis 2021 au fauteuil de Jean d'Ormesson à l’Académie française, fait la revue de la « Mer intérieure », de Christophe Ono-dit-Biot.
Par Chantal Thomas
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Chantal Thomas, de l’Académie française, chronique la « Mer intérieure » de Christophe Ono-dit-Biot.
Mer intérieure, nous indique Christophe Ono-dit-Biot, a été écrit en Grèce, entre deux bains. Il est mouillé d'embruns, cerné d'écume, et tout à fait dans l'esprit de la phrase « Le présent, c'était l'été », de Nikos Athanassiadis, un auteur grec peu connu que m'a révélé ce livre. « J'adore cette phrase », écrit Christophe Ono-dit-Biot. Il ajoute : « On la comprend comme on veut. »
Moi aussi, elle me ravit, et je ne cherche pas à l'expliciter. Elle me renvoie à une perception originelle, archaïque, et me touche au cœur de mon goût de vivre, délicieusement iodé, avec une subtile touche de senteurs résineuses. Un goût d'enfance. Et c'est bien à partir de sensations marines enfantines et de personnages familiers que Christophe Ono-dit-Biot nous incite à partager sa passion pour l'élément marin.
Né au Havre, il a grandi dans le vent du large, dans le spectacle du passage de porte-conteneurs venus de partout, dans la proximité de la Manche, ses marées, ses nuances gris-vert, dont Claude Manet saisit le scintillement avec son magnifique : Impression, soleil levant (1872). Et aussi, ou surtout, il a grandi dans l'admiration de son grand-père, ancien ouvrier des chantiers navals, un homme qui « soignait les bateaux sur lesquels il n'embarquerait jamais ».
De cet immobilisme, André ne tire aucune amertume : il a, pour voyager à sa guise, un riche répertoire de chants de marins, d'histoires de pirates et de traversées tumultueuses. L'enfant, sous le charme, dans le pressentiment de mille ivresses à venir, se laisse emporter. Et, très tôt, le monde s'ouvre. Le déclic magique de cette liberté tient à la rencontre, dans un passage de Xénophon, en un cours de grec, avec le mot thalassa. Ici se noue, entre le jeune élève et le pays d'Homère, un lien d'amour absolu, où la mythologie est incarnée, où le bleu de la mer et la musique d'une langue, telle la voix de sirènes, se renforcent l'une l'autre.
« Mer intérieure », de Christophe Ono-dit-Biot, est à retrouver aux éditions de l'Observatoire, 220 pages, 21 euros. (Crédits : LTD/Aaron Kotowski)