Mathias Énard et James Salter... Nos recommandations littéraires de l'été
Juliette Einhorn et Alexis Brocas

Découvrez notre sélection littéraire de la semaine du 14 juillet pour accompagner votre été.
LTD/DR
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Tout repose, dans ce roman crépusculaire, sur une mise en regard des situations, des êtres, des forces supérieures qui déchirent l'âme humaine. Une algèbre tragique qui se lit dans la confrontation, d'un chapitre à l'autre, entre le théorème d'une vie - celle de Paul Heudeber, mathématicien allemand antifasciste, « têtu comme un axiome » - et une vie qui change d'équation : l'échappée dans un maquis méditerranéen d'un soldat déserteur qui « pue l'abattoir » après avoir trop tué, et donne à son destin une autre direction en retrouvant une part d'enfance.
Le roman se lit comme une insoluble élucidation : Paul, qui a tout fondé sur les nombres premiers et le communisme, qui lui ont permis de survivre à la déportation, a soutenu jusqu'au bout la RDA - les mathématiques, qui donnent une forme au monde, sont pour lui « l'autre nom de l'espoir » -, mais son rêve ne s'est-il pas autodévoré dans sa concrétisation ? Le bateau où se tient, le 11 septembre 2001, un congrès en sa mémoire navigue autour de Wannsee, où fut ratifiée la solution finale en 1942, charriant les contradictions de l'histoire européenne. À travers la montagne et sur l'eau, Mathias Enard donne un corps et une odeur à la violence - « l'écume du mal » -, offrant un sens béant à ce qui n'en a pas.
Déserter de Mathias Énard, Babel, 256 pages, 8,40 euros.
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Ne croyez pas les snobs qui ont qualifié l'Américain James Salter d'« écrivain pour écrivains », avec ce que cela suppose d'obscurité et d'hermétisme : il est au contraire le plus lumineux des stylistes, et son autobiographie, Une vie à brûler, le prouve à chaque page. Quand il saisit la carrière militaire de son père en une phrase (« Il avait l'admiration et même l'amour de ses subordonnés, mais ce sont ceux qui sont au-dessus de vous qui comptent »), aborde ses propres études dans une prestigieuse université militaire, (« West Point était un bastion de traditions, et son nom en était le poinçon »), ou revient à une amante perdue (« Elle était mariée à un autre homme lorsqu'elle mourut à quarante ans, belle et inachevée jusqu'à la fin »)... Son laconisme poétique pourrait transformer en œuvre d'art n'importe quelle existence.
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Or, la trajectoire de Salter - ex-camarade de lycée de Kerouac, ex-pilote de chasse pendant la guerre de Corée, ex-scénariste haut de gamme pour Hollywood, amoureux des femmes, de la France et des livres - a elle-même quelque chose d'un roman. C'est que Salter a vécu comme il écrivait : avec panache, mais sans ostentation. Livre de souvenirs éclairés d'une nostalgie dorée, Une vie à brûler est aussi, au fond, un précis d'élégance existentielle.
Une vie à brûler de James Salter, traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Garnier, Points Seuil, 512 pages, 10,80 euros.
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