« Je me suis toujours demandé ce qu'un psychiatre penserait de ce que j'écris. » C'est ainsi que, sitôt arrivée dans le bar, l'écrivaine se présente au médecin. Elle, c'est Clémentine Mélois : avant que son dernier livre, Alors c'est bien*, cette délicate autobiographie familiale qui tourne avec amour et fantasqueries autour de la mort du père, ne lui vale les honneurs du petit monde des lettres parisiennes, cette artiste de formation s'était illustrée en créant une bibliothèque imaginaire peuplée de livres aux couvertures détournées-pastichées par ses soins, et notamment celle, merveilleuse, d'un Moby Dick devenu Maudit Bic.
Lui, c'est Patrick Lemoine : docteur en neurosciences auteur de nombreux best-sellers, il s'amuse, dans ses livres, à « soigner tous les gens qu'il veut ». Il avait prescrit du lithium au roi David dans La Santé psychique de ceux qui ont fait le monde** (2019), puis s'était penché sur la santé psychique des génies dans le livre du même nom (2022). Cette fois, dans ce nouvel opus, La Santé psychique des écrivains et de leurs personnages*, il met sa blouse blanche pour lire Baudelaire, Camus, Shakespeare, Molière, Virginia Woolf, Steinbeck, Zola, Zweig, Montaigne, etc. Chacun d'eux a droit à une belle ordonnance.
Patrick Lemoine n'avait jamais lu Clémentine Mélois. Il a fini son dernier livre dans le TGV qui l'a conduit à Paris pour la rencontrer. « C'est très fort, la félicite-t‑il d'emblée. Je ne l'ai pas lâché. » Elle : « Alors, est-ce que quelque chose ne va pas chez moi ? » Le docteur est sauvé par la serveuse. Clémentine Mélois commande « un sirop de citron à l'eau ». Il n'y en a pas. Le psy brocarde : « C'était seulement dans le menu enfant. » Ils rient de concert. Comme par hasard, l'enfance sera le cœur battant de la conversation qui s'ensuivra.