Voilà un roman à triple fond, dont chacun aurait suffi à faire un bon livre. Une profondeur au cube par la grâce de laquelle se trouve in fine et sans qu'on l'ait vu venir - car ici, et c'est cela qui est rare, rien n'est attendu - édifiée une cathédrale, paradoxale et subtile, d'ironie et d'humanité. Prenons ces ironies dans l'ordre d'apparition.
Au départ, il y a un mâle blanc philip-rothien, qui est aussi le narrateur de notre histoire ; il s'agit du professeur Sacerdoti, un quinquagénaire sans enfants et sans épouse consacré par le monde universitaire, les rédactions de journaux et la société littéraire. Du jour au lendemain, parce que Teresa Ghinassi, une jeune consœur - et ancienne élève - passée maîtresse « dans ce qui porte le nom de gender studies », a décidé de le faire descendre dans les enfers du déshonneur, il se retrouve aux prises avec les folies de l'époque.
Ça commence par une convocation devant la commission paritaire de l'université, où on lui reproche d'avoir cité dans son cours des propos misogynes extraits de la correspondance de... Flaubert. Ensuite, c'est l'engrenage. Son indignation - furieusement exprimée devant un collègue (et enregistrée par un doctorant de Teresa Ghinassi avant d'être diffusée sur les réseaux sociaux par cette dernière) - lui vaudra d'être accusé non plus seulement de sexisme, mais de « féminicide moral ».