Quand le silence supplie les bergeronnettes aux joues jaunes qui taquinent les iris au bord de la rivière, et que soudain quelque chose dans cette densité inexpliquée vient se fondre à un souvenir qui remonte du cœur triste de l'enfance, vous y êtes. Dans le monde selon Pascal Quignard, pardi, et plus exactement dans Trésor caché. Ce nouveau roman de notre maestro national commence lorsque Louise - qui ne s'appelle pas ainsi mais Bernarde, c'est toujours comme ça chez Quignard : les prénoms sont aussi incertains que changeants... - enterre son vieux chat Peer-Peiroos-Périgord sous le chèvrefeuille de son jardin, près de la rive où il aimait l'attendre : en creusant, sa bêche et elle tombent sur une vieille boîte contenant des louis d'or, un bracelet et deux bagues.
« Elle avait perdu un chat qu'elle aimait et qui, en s'en allant, lui laissait un trésor. » L'intrigue qui en découle cascade d'eau douce vert amande en eau de mer. L'eau est le fil, non pas rouge mais bleu, de ce texte qui exalte la nature. « La vue de l'eau tranquillise ceux qui sont seuls et tristes et que la solitude et le chagrin rendent lâches un instant. Que c'est bon d'être lâche un instant », y lit-on. Et, quelques lignes plus loin : « On est toujours profondément chez soi quand on s'assoit sur le bord d'une rivière. »
Le roman rend grâce aux lieux chéris par l'écrivain. De sa maison de l'Yonne à son Verneuil natal - qui survient, telle la source première, le premier monde, page 135 - en passant par les îles de la baie de Naples. « Il est possible que les lieux dominent le destin », souligne Quignard. Son héroïne, à qui la découverte du trésor a comme accordé cette liberté, voyage à la recherche du sens de sa vie. Il y a donc une chasse aux trésors existentiels qui poursuit et prolonge la découverte liminaire du trésor. Ces trésors, Louise les trouvera dans des lieux, des émotions, des objets, de la musique, dans l'âge aussi, et la contemplation bien sûr, activité quignardienne s'il en est.