Dans nos mémoires, la guerre froide s'est conclue par la victoire de l'empire du bien capitaliste sur l'empire du mal soviétique. Heureusement, la littérature nous rappelle que les choses étaient un peu plus complexes que dans les vieux James Bond ; que l'URSS n'était pas seulement un archipel de goulags, de même que l'Occident n'était pas toujours le lieu de l'épanouissement dans la liberté. Ainsi ce roman plein de colère, de nuances, et de moments sublimes, consacré aux gens trop honnêtes pour jouer les transformistes et embarquer dans tous les trains de l'Histoire en changeant de costume à chaque fois.
Ici, leur ambassadeur se nomme d'abord Matveï, ex-prisonnier du goulag « amnistié fin septembre 1957 ». À sa libération, une série de hasards le conduit à se réinventer une vie avec une femme, Daria, chargée de garder un lance-roquettes au beau milieu de la taïga. Peu à peu, sa mémoire effacée par les tortures lui revient et lui restitue sa véritable identité. Quand Matveï s'appelait Lucien Baert, et travaillait à Douai comme mécanicien. Communiste sincère, Lucien croyait le quotidien L'Humanité quand il décrivait l'URSS comme un paradis ouvrier. Pourtant, auprès de sa mère, Lucien avait déjà pressenti que le bonheur n'est pas affaire « de classe, de richesse, de pouvoir ». Mais que pèsent ces vérités intuitives et intimes face aux grands élans collectifs ?
Alexis Brocas, Juliette Einhorn, Anne-Laure Walter, Olivier Mony et Arnaud Cathrine