ENTRETIEN — Une expérience de mort imminente lui a révélé la beauté des livres. Depuis, David Foenkinos, nostalgique revendiqué, s’échappe de lui-même en écrivant. Rencontre.Il nous reçoit chez lui, en charentaises. Rien d'étonnant pour un écrivain qui écrit dans son lit (ou dans les trains). À 50 ans, vingt romans, dont le Prix Renaudot avec « Charlotte », films, pièces de théâtre, David Foenkinos est une véritable plume à l'encre d'or.
Avec ses 6 millions de livres vendus, son succès mondial aurait pu lui faire tourner la tête. Mais, selon ses proches, le bonheur des autres reste aussi important que son propre épanouissement. Son nouveau roman s'intitule Tout le monde aime Clara, et tout le monde aime David...
À 16 ans, Clara, l'héroïne de votre livre, se réveille après un long coma. Son histoire fait écho à votre vécu !
Je pense qu'on écrit d'une manière totalement inconsciente et que les romans se trament dans un territoire souterrain. Je me suis rendu compte assez tardivement qu'il y a dans beaucoup de mes livres une résonance avec ce que j'avais vécu. La mort et la résurrection. Clara se réveille et c'est pour elle le début d'une seconde existence. Tout comme moi, après six mois d'hôpital et d'expérience de la mort, je suis devenu un deuxième David Foenkinos.
Un David si différent du premier ?
Tous les gens qui sont gravement malades ou qui sont en proximité avec la mort ont un rapport totalement différent à la vie. Je ne suis pas issu d'un milieu culturel et je n'étais pas du tout un ado littéraire. En 1991, Netflix, les réseaux sociaux, le téléphone portable n'existaient pas. Alors je me suis mis à lire d'une manière boulimique dans ma chambre d'hôpital. Les livres m'ont permis de voyager, de me sauver, de me consoler. Je me suis propulsé dans un monde de sensibilité et de sensualité à la suite de cette expérience de fragilité extrême.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel