Qu’ils soient designers, joailliers, parfumeurs, musiciens, metteurs en scène, ils n’envisagent pas leur travail sans le savoir-faire d’exception des artisans qui nourrit et façonne leurs œuvres. Du théâtre à l’opéra, de la mode à l’art contemporain, ils constituent une source d’inspiration majeure. Pour « La Tribune Dimanche », six personnalités témoignent. Ici, l'incontournable couturier Christian Lacroix se livre sur son rapport à son art.Mon souvenir le plus marquant
Mes souvenirs les plus marquants restent liés à la Comédie-Française. Je pense notamment à mon tout premier molière [1996], pour Phèdre, mis en scène par Anne Delbée, puis au second pour Cyrano de Bergerac [2007], monté par Denis Podalydès. C'est quand je les ai reçus que j'ai vraiment ressenti de la fierté, ça m'a infiniment plus touché que mon premier Dé d'or, qui m'a laissé un sentiment d'imposture. Couturier, c'était de l'usurpation.
Dès mes débuts, c'est le théâtre, la mise en scène qui m'ont intéressé, et je savais embellir. J'ai appréhendé la couture comme un costumier. J'aime être un maillon de la chaîne, dans l'atelier, avec les ouvrières. Les ateliers des théâtres sont plus dynamiques, vivaces et enthousiasmants que ceux des maisons de couture. Comme ceux du Capitole de Toulouse, de l'Opéra national du Rhin ou des ateliers Caraco à Paris, qui cultivent des savoir-faire rares. Ce sont ces lieux-là qui font vivre la magie du costume, entre tradition et invention.
Mon actu
Mon exposition, « Christian Lacroix en scène », au Centre national du costume et de la scène, à Moulins, présentée jusqu'au 4 janvier prochain. Parmi les 300 à 400 costumes présélectionnés, il a fallu faire un choix et n'en retenir que 140. Cela reste ma grande frustration : ne pas avoir pu y inclure ceux des spectacles encore en tournée. Pour cette exposition, j'ai volontairement « surpeuplé » les vitrines. Les costumes sont présentés par spectacles, rassemblant chœurs et solistes, premiers et seconds rôles.
Le tout est mis en scène sur un fond de rideaux de scène basculés, drapés jusque sous les mannequins. Ils forment comme des tapis désordonnés, tissés de références visuelles : fresques pompéiennes, tapisseries au petit point, broderies géantes, patchworks d'inspiration ethnique ou encore toile de Jouy. Je travaille également à la création des costumes de Falstaff de Verdi, qui sera joué en novembre à l'Opéra de Marseille, et à ceux de La Vie parisienne d'Offenbach pour l'Opéra de Versailles en décembre, de La Gioconda de Ponchielli, en février 2026 au Liceu de Barcelone, puis du Cid à la Comédie-Française en mars 2026.
Propos recueillis par Élisabeth Lazaroo