Alors que la frénésie du marathon de la mode s'apprête à s'emparer de Paris pour les dix prochains jours (qui comptent double quand on court les défilés et les événements), l'industrie et ceux qui la commentent assistent à une course folle : celle des nominations de directeurs artistiques, qui ressemble de plus en plus à un jeu des chaises musicales. Matthieu Blazy quitte Bottega Veneta pour Chanel.
Louise Trotter le remplace dans la maison italienne. Les débuts d'Alessandro Michele chez Valentino après avoir officié des années chez Gucci ou encore Glenn Martens qui succède à John Galliano chez Margiela... Ces dernières saisons ont été le théâtre d'un mercato de la mode fort en rebondissements. Outre l'excitation des rumeurs, les enjeux pour les maisons de mode dépassent le simple exercice de la devinette.
Il y a d'une part l'enjeu économique, comme nous le confirme Laure Guilbault, correspondante à Paris pour Vogue Business : « L'annonce d'un nouveau directeur artistique de Gucci influe sur le cours de Bourse de Kering, sa maison mère. Il faut dire que Gucci représente 44,5 % du chiffre d'affaires de Kering. Dans certaines maisons à l'approche plus intemporelle, qui revendiquent un héritage, l'impact économique du directeur artistique est moindre. Par exemple, Loro Piana n'a pas de créateur star. »
Mais tous ces mouvements révèlent aussi un défi artistique important, ainsi que le souligne Philippe Pourhashemi, journaliste spécialisé qui y voit un malaise provoqué par plusieurs facteurs : « On peut y lire d'abord l'impatience des PDG face aux créatifs. Aujourd'hui, il n'est pas inhabituel pour les directeurs artistiques d'arriver dans une maison et d'être remerciés après seulement une saison. Les résultats doivent être immédiats. »