ENTRETIEN – À 36 ans, l’artiste anglais s’est imposé comme l’un des designers et architectes d’intérieur les plus talentueux de sa génération. Pour Ginori 1735, il réinvente avec fantaisie le mythe de Neptune.LA TRIBUNE DIMANCHE - Pour cette nouvelle collection, le dieu romain des Mers fait cette fois escale en Angleterre. Qu'avez-vous voulu explorer ?
LUKE EDWARD HALL - L'Histoire. Car je pense qu'il est toujours important de regarder ce qui a précédé, mais je voulais aussi créer des pièces contemporaines, vivantes et joyeuses. Je me suis inspiré de la poterie grecque - j'ai passé une journée entière à l'étudier au musée Ashmolean d'Oxford - et des céramiques produites par les membres du groupe Bloomsbury*. Ils sont une source d'inspiration majeure dans mes projets.
Selon vous, qui de l'artisan ou de l'artiste apprend de l'autre, qui nourrit l'autre ?
Nous nous inspirons mutuellement. J'apprends énormément des techniques de fabrication de la porcelaine Ginori et de l'excellence des savoir-faire de ses artisans. Les voir travailler en harmonie avec les machines, c'est un spectacle merveilleux. J'espère apporter, à travers mes dessins et mes créations, une créativité supplémentaire, un sens du romantisme et de la joie.
Privilégiez-vous un médium particulier pour raconter vos histoires créatives ?
J'essaie, dans ma manière d'aborder mes projets, de ne pas faire de distinction entre ce qui est considéré comme de l'art et ce qui est vu comme du design. J'allie la peinture, le dessin et des fresques au design d'intérieur et à la mode. L'art, le design, l'artisanat - tout est lié. Pourquoi faudrait-il ériger des cases ? Depuis la création de mon studio en 2015, tous mes projets partagent un sens du récit à travers différents médiums. Mon travail est comme une immense tapisserie.
Le lien entre les artistes et la manufacture est constant depuis ses premières créations en 1735. Est-ce là, selon vous, l'un des secrets de sa longévité ?
Oui, certainement. La manière dont la maison a su préserver son histoire et ses techniques tout en laissant aux artistes et créatifs, comme Gio Ponti, la liberté d'explorer est ce qui rend cette maison si passionnante et dynamique.
* Ce mouvement artistique moderniste du début du XXe siècle réunissait des intellectuels de l'avant-garde comme Virginia Woolf.
Propos recueillis par Élisabeth Lazaroo