Deux fois, Johnny Hallyday a été accusé de viol. Sans que son immense popularité soit abîmée. C'était en 2003 et en 2015, avant que la création du hashtag MeToo entraîne la publication de milliers de témoignages de femmes dénonçant des violences sexuelles commises par des hommes. Avant que la société prenne conscience de l'ampleur de ces violences, de leur présence nocive dans tous les milieux, toutes les professions, et particulièrement dans le cadre de rapports hiérarchiques.
Avant que la parole d'une inconnue soit écoutée au même titre que celle d'une célébrité. Avant que soient pris en compte les mécanismes d'emprise, de culpabilité et de sidération qui expliquent pourquoi les victimes attendent parfois des années avant de se manifester. Avant, aussi, les dérives de cette révolution sociétale dont découlent des mises au ban injustifiées et le non-respect de la présomption d'innocence. En 2003, Johnny Hallyday a 60 ans et il vient de battre son propre record : il a vendu 2 millions d'exemplaires de l'album Sang pour sang, la plus grosse vente de sa longue carrière commencée à la fin des années 1950. Il entame une tournée des stades et, en juin, il remplit le Parc des Princes quatre soirs.
Sur scène, l'idole est triomphante, en jean à paillettes et chemise en soie, une croix noire accrochée au cou. En mars, pourtant, Le Monde a révélé qu'une information judiciaire a été ouverte à son encontre, à Nice. Il est l'objet d'une enquête pour viol après qu'une plainte a été déposée par une femme employée sur un yacht où le chanteur a navigué. Marie-Christine Vo, 35 ans, était chargée de l'accueil des passagers, du ménage des cabines et des courses pour les repas. Le premier séjour en mer se déroule en 2000, en présence de Laeticia Hallyday, sans problème. Le couple sollicite de nouveau Mme Vo l'année d'après. Elle raconte à la police qu'un soir d'avril 2001, à bord du yacht amarré à Cannes et après une soirée où Hallyday et ses convives ont beaucoup bu, Johnny a frappé à la porte de sa cabine, lui demandant de l'eau, qu'il l'a ensuite emmené dans sa propre chambre, lui a infligé des coups et l'a violée. Dans les jours qui suivent, victime de douleurs, la femme se rend chez un médecin de Nice qui constate un hématome près de l'oreille et une ecchymose sur la tempe. Elle quitte son job d'hôtesse et assure avoir été avantageusement rémunérée pour la semaine de travail en mer, une dizaine de milliers de francs, ce qu'elle interprète comme une volonté d'acheter son silence.