LA TRIBUNE DIMANCHE — Assiste-t‑on aux débuts d'une guerre entre Israël et l'Iran ?
BRUNO TERTRAIS — Du point de vue israélien, la guerre a commencé en 1979. D'ailleurs, le conflit Israël-Iran est depuis longtemps considéré par les instituts de recherche comme un conflit armé interétatique. Cette guerre est devenue plus ouverte il y a un an quand les deux états ont bombardé le territoire de l'autre. Ce qui frappe aujourd'hui, c'est l'ampleur de l'opération israélienne. Nous sommes donc entrés dans une phase et un palier supplémentaires de cette guerre.
Mais ce nouveau palier n'oblige-t‑il pas Téhéran à une réponse d'ampleur sous peine d'apparaître faible ?
Cette logique d'engrenage n'est pas automatique et l'escalade n'est jamais inévitable. Que l'Iran se sente obligé de riposter relève d'une décision politique. Il aurait été surprenant qu'il ne le fasse pas. Mais personne ne connaît véritablement l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Téhéran, même si les messages envoyés par les dirigeants israéliens et la nature de certains objectifs visés peuvent donner le sentiment au leadership iranien que son existence est en jeu.
À qui profiterait un conflit qui s'inscrirait dans la durée ?
Il est souvent admis que les régimes autoritaires sont renforcés par l'épreuve de force militaire. Mais je ne suis pas certain que ce soit le cas pour la République islamique étant donné son affaiblissement sur le plan militaire et la contestation intérieure, qui se poursuit à bas bruit. Qui plus est, tout cela se déroule dans un contexte où la succession du Guide suprême reste à régler.