Défense : l’Estonie se prépare au pire
Patrice Senécal, envoyé spécial à Tallinn
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Exercice au combat urbain des forces armées estoniennes, le 11 mars 2025.
LTD/Forces armées estoniennes
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Exercice au combat urbain des forces armées estoniennes, le 11 mars 2025.
LTD/Forces armées estoniennes
Il est un lieu, dans ce sous-sol anonyme du centre-ville de Tallinn, où s'orchestre un effort de guerre discret, dans l'ombre du sanglant front russo-ukrainien. Au milieu d'un entrepôt de la capitale estonienne qui servait autrefois de boîte de nuit, une nuée de bénévoles s'affaire à tisser une toile de camouflage militaire. Bientôt, ce seront des soldats de Kiev qui en feront usage, dans une tranchée de l'est ukrainien, pour mieux se dissimuler des drones ennemis.
« Le plus important, c'est d'être utile », soutient Anu Lensment, 53 ans. Il y a trois ans, cette costumière de profession a lancé cette initiative, qui a fait des émules aux quatre coins de l'Estonie. En cet après-midi de mars, dans cet atelier de confection de camouflage, cohabitent résidents de Tallinn et réfugiées ukrainiennes.
Parmi ces dernières, certaines ont fui des villes tantôt rasées, tantôt occupées, à l'instar de Marioupol. « Je me retiens, parfois, de leur dire de quitter l'Estonie, en raison de la menace russe qui rôde », souffle Anu, dans un rire jaune. Car la petite Estonie reste particulièrement vulnérable face au voisin russe, avec lequel elle partage une frontière de quelque 300 kilomètres.
Une importante minorité russophone vit sur son sol, héritée de la politique impérialiste de l'URSS. Et c'est cette spécificité ethnolinguistique qui, craint-on en Estonie, pourrait servir d'alibi au Kremlin pour agresser un pays souverain. « Si la Russie n'est pas stoppée en Ukraine, elle poursuivra son chemin », redoute encore Anu.
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Les Estoniens, dans une large majorité, possèdent un sens aigu de ce que signifie l'occupation russe, ayant été envahis plusieurs fois par le même ennemi. Ils restent marqués par les cinquante ans passés sous le joug soviétique. Le traumatisme des déportations staliniennes demeure vivace.
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Patrice Senécal, envoyé spécial à Tallinn