REPORTAGE — Quinze jours après la chute de Bachar El-Assad en Syrie, les masques tombent, la terre recrache ceux que son pouvoir avait engloutis, les vivants et les morts.C'est vertigineux. La Syrie pourrait ressembler à une immense scène de crime, mais cette expression ne suffit pas à décrire la réalité. Quinze jours après la chute de Bachar El-Assad, la terre recrache ceux que son pouvoir avait engloutis, les vivants et les morts. Ses centres de torture ouvrent leurs entrailles sur le fonctionnement de la terreur de l'ancien régime.
Rapports de services de renseignement, cahiers de listes de détenus, sacs emplis d'ossements noircis jetés dans un champ, fosses communes... D'un bout à l'autre du territoire, des tonnes de documents ont été abandonnés et attendent d'être rassemblés pour prouver les exactions systématiques, l'utilisation d'armes chimiques, les bombardements d'hôpitaux.
Pour les milliers de militants syriens qui avaient documenté au péril de leur vie les atrocités commises par le pouvoir dès le début de la révolution en 2011, puis alimenté les procédures judiciaires contre des membres du régime installés en Europe, l'ouverture des prisons et des lieux de pouvoir offre un nouvel espoir de justice.
Une hotline pour les charniers
Dans le quartier résidentiel d'Al-Khatib, dans le centre de Damas, des oiseaux chantent sur une petite place autrefois bouclée par des barrières métalliques. Une passerelle couverte relie deux immeubles. C'est là, en pleine ville, que la branche 251 des services de renseignement de la sécurité d'État avait ses bureaux et un centre de détention. Au sous-sol, à côté de cellules aveugles de 2 mètres carrés, des classeurs prennent la poussière sur des étagères, des feuilles manuscrites gisent éparpillées par terre.
Garance Le Caisne, envoyée spéciale à Damas, Harasta et Homs