LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous aviez été parmi les premiers à réclamer la reconnaissance par la France de l'État de Palestine. Aviez-vous imaginé qu'elle s'enclenche de cette façon, si tard ?
JEAN-YVES LE DRIAN — Je pense que c'était le moment opportun pour le président Macron d'agir ainsi. Il y avait un impératif moral face à la famine à Gaza érigée en arme politique, au blocus de l'aide humanitaire, à un nettoyage ethnique programmé, insupportable au regard du droit international. On ne pouvait plus rester dans une résignation horrifiée. Il fallait un geste politique fort, qui fasse basculer l'opinion internationale. Cette conférence, organisée par la France et l'Arabie saoudite, ainsi que la décision du président Macron de reconnaître l'État palestinien ont changé la donne. S'y ajoute la déclaration des 22 pays arabes condamnant le Hamas, l'appelant à remettre ses armes, ce qui est une vraie novation. Il y avait surtout un péril de mort pure et simple de la solution à deux États. D'autant que la situation en Cisjordanie ne cesse de s'aggraver, le Parlement israélien venant de voter le principe d'une annexion dans les faits de ce territoire palestinien. Il fallait agir. On nous promettait l'isolement, c'est le contraire qui se produit.