La volte-face de Macron sur la reconnaissance de l’État palestinien
Alors que le chef de l’État envisageait de reconnaître l’État palestinien la semaine prochaine à New York, il a mis ce projet en pause pour soutenir les opérations israéliennes en Iran.
Léa Ménager
Alors qu'il s'apprêtait à reconnaître l’État palestinien aux États-Unis, Emmanuel Macron s'est interrompu pour soutenir les opérations israéliennes en Iran.
LTD/Michel Euler/POOL/AFP
La volte-face de Macron sur la reconnaissance de l’État palestinien
Ce devait être un moment historique. La nouvelle vague de frappes israéliennes sur l'Iran l'a réduit à un rendez-vous manqué. Vendredi soir, Emmanuel Macron a annoncé le report sine die de la conférence sur la solution à deux États qui devait se tenir la semaine prochaine à New York. Le chef de l'État, qui travaillait depuis des mois sur cet événement parrainé par la France et l'Arabie saoudite, a justifié cette décision par l'impossibilité des responsables palestiniens de se rendre aux États-Unis, l'espace aérien israélien étant fermé depuis vendredi. Si cet argument logistique est entendable, il est aussi pratique pour camoufler les difficultés d'une conférence qui semblait de plus en plus mal embarquée.
L'idée de ces trois jours à l'ONU était de relancer le projet, aujourd'hui moribond, d'une coexistence entre Israël et la Palestine. Elle devait ainsi être l'occasion de « déclencher » une vague de reconnaissance d'une part de l'État hébreu par des pays arabes mais surtout de l'État palestinien par des pays occidentaux, à commencer par la France.
Jusqu'à récemment, Emmanuel Macron défendait fermement cette position. « Reconnaître l'Etat palestinien, n'est pas seulement un devoir moral mais une exigence politique », affirmait-il y a quinze jours. Ces dernières semaines, Paris a tenté, par un important travail lobbying, de convaincre plusieurs de ses partenaires de l'UE mais aussi le Royaume-Uni ou le Japon de sauter eux aussi le pas. Le résultat s'est avéré plus que mitigé. Bruxelles a déjà annoncé qu'elle remettait cette reconnaissance à plus tard. Quant à Londres et Tokyo, ils se montrent réticents.
À mesure que la Conférence approchait, le volontarisme de l'Elysée a paru lui aussi s'étioler. Le chef de l'État s'est ainsi montré beaucoup plus flou sur ses intentions. « Nous étions entrés dans une zone grise, confirme Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l'institut de recherche et d'études Méditerranée/ Moyen-Orient (iReMMO). Même s'il y avait toujours l'espoir côté français que l'horizon se dégage juste avant la conférence, un plan B avait été élaboré où la reconnaissance de la Palestine s'inscrivait dans un processus plus graduel. »
Soutien aux frappes de Tsahal
L'opération déclenchée par l'Etat hébreu en Iran a sonné le glas, au moins sur le court terme, de ces projets. Alors qu'il avait eu des dernières semaines a eu des mots très durs envers Israël et sa responsabilité dans la crise humanitaire à Gaza, Emmanuel Macron a changé de posture vendredi soir, apportant un plein soutien aux frappes de Tsahal et reprenant l'idée que l'Etat hébreu avait le droit de se défendre.
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« Comme Trump et tous les autres leaders, il se retrouve coincé par Netanyahou qui met tout le monde devant le fait accompli, estime Jean-Paul Chagnollaud. Malgré tout, par cette séquence, le chef de l'État a perdu beaucoup de son autorité sur le plan international. D'autant, qu'il défend les frappes d'Israël, qui sont préventives et donc contraires au droit international. » Le résultat, selon le chercheur, est que la Palestine va à nouveau passer au second plan. « Sauf pour Netanyahou, qui va continuer ses bombardements sur Gaza », ajoute-t-il.
Emmanuel Macron l'a pourtant juré vendredi soir : « La dynamique (par la conférence) créée est inarrêtable. » Et de mettre en avant les gains déjà enregistrés. Parmi eux, il y a ce courrier de Mahmoud Abbas adressé cette semaine au Président français et Mohamed Ben Salmane. Le chef de l'Autorité palestinienne y détaille une feuille de route politique et sécuritaire en vue d'un règlement durable du conflit israélo-palestinien.
Il y mentionne notamment la démilitarisation du Hamas. Autres points positifs selon le président français : la volonté affichée de l'Egypte de s'engager dans la sécurité de Gaza, une fois une trêve durable signée. Si ces deux points constituent d'indéniables avancées, reste à savoir ce qu'il en restera une fois la poussière de cette nouvelle confrontation entre Tel Aviv et Téhéran sera retombée.