OPINION. Conférence de l’ONU sur la Palestine : « Monsieur le Président, l’heure est à l’action », par douze ONG humanitaires françaises et internationales
Anne Savinel-Barras, Virginie Amieux et Bénédicte Jeannerod
Anne Savinel-Barras, présidente Amnesty International France, Virginie Amieux, Présidente du CCFD-Terre Solidaire et Bénédicte Jeannerod, directrice du bureau de Paris de Human Rights Watch.
Nous, responsables d’ONG françaises et internationales humanitaires, de développement et de défense des droits humains, appelons le Président de la République à agir pour la survie du peuple palestinien.
La France co-présidera avec l'Arabie saoudite la conférence des Nations unies « pour la mise en œuvre de la solution à deux États », les 28 et 29 juillet à New York. Initialement prévue du 17 au 20 juin 2025, cette conférence a été reportée en raison de l'escalade du conflit entre Israël et l'Iran à cette période.
Alors que le gouvernement israélien a imposé un siège quasi-total sur la bande de Gaza depuis le 2 mars dernier, et que l'annexion de facto de la Cisjordanie occupée se poursuit, le succès de cette conférence dépendra des actions concrètes et immédiates prises pour lever les menaces qui pèsent aujourd'hui sur l'existence même du peuple palestinien dans la bande de Gaza, et en finir avec les graves violations du droit international par les autorités israéliennes dans le Territoire palestinien occupé.
En témoigne l'examen, devant la Cour internationale de Justice, d'une plainte introduite contre Israël par l'Afrique du Sud pour crime de génocide à Gaza. La gravité de la situation a été abondamment documentée par les Nations Unies, plusieurs de nos organisations et d'autres associations de défense des droits.
Amnesty International, Médecins sans frontières (MSF), la Fédération Internationale pour les droits humains, la Ligue des droits de l'Homme et le CCFD-Terre Solidaire dénoncent le génocide en cours à Gaza. En témoigne aussi l'avis de la Cour internationale de Justice de juillet 2024 concluant à l'illégalité de l'occupation israélienne.
La faim « utilisée comme arme de guerre »
Les pays participant à la conférence doivent agir immédiatement pour mettre fin aux bombardements indiscriminés sur les populations et infrastructures civiles, aux déplacements forcés ; et lever les obstacles aussi inacceptables qu'illégaux mis en place par les autorités israéliennes pour priver délibérément les Palestiniens de la bande de Gaza d'aide humanitaire vitale.
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La conférence doit aussi mettre la pression sur le gouvernement israélien pour mettre fin aux confiscations illégales de terres en Cisjordanie occupée.
La France doit œuvrer en faveur d'une fin définitive des atrocités en cours, ainsi que pour la libération inconditionnelle des otages.
Le siège quasi-total de Gaza est contraire au droit et à tous les principes humanitaires, pourtant 86,3 % du territoire a fait l'objet d'ordres de déplacements forcés et 92 % des logements ont été détruits.
Dans le même temps, la faim est utilisée comme arme de guerre, l'accès à l'eau est délibérément restreint par les autorités israéliennes et la limitation extrême de l'entrée de carburant menace de réduire à néant tous les services essentiels à la survie de population gazaouie. La livraison au compte-gouttes d'une aide militarisée et privatisée, pilotée par les États-Unis et Israël, a démontré depuis la fin du mois de mai qu'elle n'était qu'un piège mortel pour les civils.
Au 13 juillet, près de 900 personnes ont été tuées alors qu'elles tentaient d'obtenir de l'aide alimentaire, dont 674 autour des sites de distribution de la Gaza Humanitarian Foundation.
Monsieur le Président, vous portez la responsabilité des actes ou de l'inaction de l'État français. Les déclarations ne suffisent plus quand les civils, dont de nombreux enfants, meurent de faim et de privations délibérées sous des bombardements incessants. Le cessez-le-feu limité décrété en début d'année a apporté un réel soulagement à la population civile de Gaza, et la France doit œuvrer en faveur d'une fin définitive des atrocités en cours, ainsi que pour la libération inconditionnelle des otages.
Interdire le commerce « avec les colonies illégales »
L'aide humanitaire, délivrée par des organisations indépendantes et impartiales, doit parvenir à Gaza. Le 10 juillet dernier, l'Union européenne a déclaré avoir trouvé un accord avec Israël pour augmenter le nombre de camions entrant dans la bande de Gaza ; à ce jour, nous n'observons pas de changement substantiel permettant de répondre décemment aux besoins humanitaires dans l'enclave.
Au-delà de Gaza, il est indispensable de s'attaquer aux causes profondes du conflit.
Les personnes nécessitant des soins urgents, notamment les enfants, doivent pouvoir être évacués et la France doit faire plus pour organiser et accueillir ces évacuations médicales.
Au-delà de Gaza, il est indispensable de s'attaquer aux causes profondes du conflit. Entre janvier et juin 2025, les colons israéliens ont mené une moyenne de quatre attaques par jour en Cisjordanie, une augmentation de 13 % par rapport à la même période en 2024. Par ailleurs, nos équipes font face à des restrictions accrues des mouvements en Cisjordanie, limitant considérablement l'accès des communautés palestiniennes aux services essentiels.
La résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies de septembre 2024 qui a décidé de la tenue de cette conférence, et que la France a votée, exige qu'Israël mette fin sous 12 mois à l'occupation illégale du territoire palestinien. L'avis consultatif de la Cour internationale de Justice de juillet 2024 réaffirme les obligations des États : ils ne peuvent pas entretenir de relations économiques ou commerciales avec les colonies israéliennes.
Monsieur le Président, la France doit respecter ses obligations au regard du droit international et les principes dont elle se réclame. Elle doit agir en cohérence avec son vote à l'Assemblée générale de l'ONU. Cela signifie notamment que la France doit, avec l'ensemble des États membres de l'Union européenne, interdire le commerce et les relations commerciales avec les colonies illégales, comme demandé par la Cour internationale de Justice. Et elle doit cesser tout transfert de matériels et composants militaires au gouvernement israélien. Le risque qu'il puisse être utilisé pour des crimes n'est plus à démontrer.
Sans peuple ni terre, un État palestinien restera une illusion.
Une reconnaissance de l'État palestinien ne doit pas faire perdre de vue l'urgence absolue à Gaza, ni la poursuite de la colonisation et des violences en Cisjordanie. Sans peuple ni terre, un État palestinien restera une illusion. Des actions indispensables, concrètes et immédiates sont possibles pour permettre l'acheminement sans entrave de l'aide humanitaire et la protection des civils. Et mettre définitivement fin aux atrocités et à l'impunité afin d'amorcer une véritable sortie de crise.
Monsieur le Président, les Palestiniennes et Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza ne peuvent plus se contenter de déclarations de principe : des actions concrètes et immédiates à la hauteur de l'urgence et de la gravité de la situation doivent enfin être prises. Soyez du côté du droit : faites de cette conférence un moment décisif pour le peuple palestinien et le respect de leurs droits les plus élémentaires.