Ils chantent pour entretenir la flamme. Une poignée de patriotes Maga (Make America Great Again), casquette rouge de rigueur vissée sur le crâne, se retrouvent tous les soirs, sans interruption depuis deux ans, au pied de la prison fédérale de Washington DC. Ils poussent les vocalises en espérant être entendus derrière les barreaux, dans le soir tombant. Le répertoire des « hits » trumpiens passe en boucle : des prières patriotiques, l'hymne national et, bien sûr, God Bless America.
Un regard vers les étages de l'imposante bâtisse hérissée de barbelés, tout au bout de Massachusetts Avenue, sur les rives de la rivière Anacostia, ne laisse deviner aucune ombre scrutant ces « bons Samaritains » qui battent le pavé. C'est là que sont regroupés plusieurs dizaines d'exaltés qui, il y a quatre ans, participaient à l'attaque contre le Capitole. Ils ont été regroupés au sein d'une « aile patriotique » curieusement tolérée par l'administration pénitentiaire. La décision est surprenante, mais se justifie au nom du « moindre mal » : autant rassembler les fanatiques antisystème plutôt que de les disséminer dans les étages et courir le risque de les voir contaminer des détenus plus calmes. La décision aurait dû être révoquée, sonnant la fin de l'« aile patriotique », mais les détenus eux-mêmes ont protesté auprès de l'administration pénitentiaire : hors de question d'être mêlés à des criminels de droit commun, des violeurs, des trafiquants de drogue. Leur demande a été entendue. Les J6ers (prononcer « Jay-sixers ») sont restés ensemble, tout entiers dévoués à leur champion, Donald Trump.