Au cœur du quartier médiéval de Riga, la compagnie de radiodiffusion publique Radio Lettonie occupe un bâtiment Art déco emblématique de la ville de 600 000 habitants. Derrière les lourdes portes en chêne, un dédale de 4 500 mètres carrés de bureaux et de studios d'enregistrement que se partagent les six radios nationales lettones pour diffuser leurs programmes.
Au deuxième étage, la radio LR4 est la seule à produire du contenu en langue russe. Son public : l'importante minorité russophone, 35 % des 1,9 million d'habitants. Or la chaîne vit peut-être ses derniers mois d'existence. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la stratégie de sécurité nationale adoptée par le Parlement letton en septembre 2023 prévoit en effet de supprimer le russe dans les médias publics à compter du 1er janvier 2026.
La décision a été contestée devant la Cour constitutionnelle. La chaîne russophone, qui rappelle l'obligation faite à l'État de fournir des informations aux minorités dans leur langue natale, a jusqu'au 26 avril pour déposer les arguments justifiant son recours. En attendant, les 24 salariés de LR4 vivent une période difficile.
« Pendant toutes ces années, nous avons rempli notre mission d'information sur des sujets politiques et sociaux complexes », déclare la rédactrice en chef Anna Stroja. Au micro de LR4 depuis plus de dix ans, cette journaliste chevronnée ne cache pas sa colère. « Soudainement, nous serions devenus un danger pour l'État sous prétexte que nous parlons une langue associée à un voisin menaçant, c'est absurde », s'insurge-t-elle.