Sa frêle silhouette émerge tout juste du pupitre surdimensionné, mais Teresa Jacobs sait se faire respecter. « Je sais que vous bouillonnez tous à l'idée d'exprimer votre opinion, mais je vais vous demander de limiter vos commentaires à ce que nous sommes convenus, avertit la présidente du conseil scolaire du comté d'Orange, à Orlando (Floride). Le pouce vers le bas pour marquer votre désapprobation, vers le haut pour approbation ! » Dans l'assistance, malgré l'heure tardive, une forêt de pouces se lève le temps d'un rare consensus, prélude aux rudes joutes à venir.
L'affable républicaine de 67 ans n'ignore pas que les esprits vont s'échauffer une fois de plus sur la question des livres proscrits dans les bibliothèques scolaires de cette circonscription qui englobe Orlando et son 1,5 d'âmes. Deux romans pour adolescents se trouvent sur la sellette : And They Lived... et Last Night at the Telegraph Club, cloués au pilori pour leur thème LGBT et quelques scènes de sexe explicites.
« Retirez ça de la vue de nos enfants », clame une militante survoltée des Moms for Liberty, un groupe né en 2021, pilier de la révolution sociale-conservatrice portée par l'administration Trump. « J'avoue être un peu troublée par la présence de ces ouvrages dans nos écoles », renchérit Teresa Jacobs, corrigée par l'élue Maria Salamanca : « Ils sont réservés aux élèves de première et de terminale, il n'en existe que deux exemplaires dans nos 23 lycées. Les garde-fous existent et le bien-être de nos élèves est respecté. Par contre, le comté a dépensé 400.000 dollars pour l'évaluation de milliers de livres, alors que nos priorités devraient être le renforcement de la sécurité face au danger des armes à feu et le recrutement de personnel supplémentaire ! »