LA TRIBUNE DIMANCHE - Amélie de Montchalin a récemment laissé entendre que certains crédits d'impôt liés aux services à la personne pourraient être remis en question. Cela vous inquiète-t‑il ?
JEAN-LOUIS BORLOO - Une telle déclaration me stupéfie. Il y a un peu plus d'un mois, un millier d'entreprises du secteur, réunies par la Fédération des entreprises de services à la personne, se retrouvaient à Paris, en présence entre autres de deux ministres, pour célébrer les 20 ans de la loi qui porte mon nom et que je suis très fier d'avoir fait voter. Quelques jours plus tard, un autre membre du gouvernement a publiquement semé le doute sur la pérennité de ce dispositif, alors que d'autres rumeurs similaires circulent, en provenance de Bercy. C'est incompréhensible, compte tenu des objectifs que cette loi a permis d'atteindre.
Lesquels ?
Ce texte a représenté une réelle innovation, car aucun modèle économique n'existait à l'époque dans ce secteur pourtant crucial. L'activité était essentiellement informelle - autrement dit du travail au noir, le plus souvent - et seules quelques associations étaient impliquées. Les entreprises du secteur privé brillaient par leur absence. D'où un taux d'emploi très faible et pas de qualification professionnelle possible. Le vote de cette loi a favorisé la structuration d'un écosystème complet qui comprend de vrais métiers, des centres de formation professionnelle et des validations de parcours, des emplois déclarés, avec les cotisations sociales et patronales qui en résultent, des entreprises qui ont réussi à se développer et 4,4 millions de familles clientes. Fragiliser ce secteur, qui a créé 1,2 million d'emplois et devrait en créer 500. 000 supplémentaires dans les cinq ans à venir, n'aurait aucun sens. Ce serait même une folie. Le travail au noir, c'est 20 milliards d'euros de pertes annuelles pour les comptes publics. Lutter contre ce fléau est une priorité.