LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous lancez cette semaine l'opération déconnexion « 10 jours sans écrans ». Pourquoi ?
CLARA CHAPPAZ — Je marraine cette année l'opération. Une expérience collective, simple, lancée par l'association du même nom qui invite les enfants, les parents, les écoles, les associations à débrancher ensemble. Il ne s'agit pas de stigmatiser. Mais de prendre du recul pour mieux comprendre l'impact du numérique sur nos vies. Pour reprendre le contrôle, aussi. Je veux que chaque famille, chaque classe puisse se poser la même question : quelle place voulons-nous laisser aux écrans et en particulier aux réseaux sociaux dans la construction de nos enfants ? Ma réponse est simple : je refuse que les algorithmes élèvent nos enfants, qu'ils leur dictent ce qu'ils doivent voir, ressentir, à qui ils doivent ressembler... En moyenne, un adolescent passe plus de quatre heures par jour sur des plateformes comme Instagram, TikTok, Facebook, et 3 jeunes sur 4 de moins 13 ans utilisent déjà les réseaux sociaux quand bien même cela est interdit dans les conditions générales d'utilisation des plateformes.
Mais ce sont aussi des outils formidables, pour s'informer, se connecter...
Évidemment. J'ai grandi dans un village de 700 habitants et le numérique était pour moi un incroyable vecteur d'émancipation. Mais la surexposition au plus jeune âge perturbe le développement. On ne parle pas d'un effet secondaire des réseaux sociaux. L'anxiété est devenue leur premier produit dérivé. Le harcèlement, les comportements alimentaires à risque, les pensées suicidaires sont en nette augmentation. 40 % des enfants présentent des signes de souffrance psychique. Regardez ce que provoquent certaines tendances sur TikTok, comme #SkinnyTok : elles normalisent la maigreur extrême, glorifient le contrôle permanent de l'alimentation. C'est un détonateur pour des jeunes déjà fragilisés. Ma priorité, c'est de protéger nos enfants des excès du numérique. Cela suppose de mettre des limites claires. Et la première d'entre elles, c'est l'âge auquel on peut accéder aux réseaux.