Patrons et politiques s'arrachent son essai sur le travail*. Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud au ministère du Travail, a fondé son cabinet de conseil en stratégie sociale.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Le projet de budget issu de la commission mixte paritaire sera présenté demain à l'Assemblée nationale. Qu'en pensez-vous ?
ANTOINE FOUCHER - Ce budget réduit les dépenses là où il faudrait investir : enseignement supérieur, recherche, formation professionnelle, transition énergétique... Et il les augmente là où il faudrait faire des économies : dépenses de retraite, qui ont déjà progressé de 20 milliards en 2024, et qui vont s'alourdir de 8 milliards de plus cette année (indexation de toutes les pensions, etc.). Avec près de 2 milliards de cotisations en plus sur le travail, le budget accroît encore davantage l'écart entre ce que gagnent les travailleurs et ce qu'ils reçoivent sur leur compte. Pourtant, depuis une quinzaine d'années, travailler ne permet plus à la majorité des gens d'améliorer leur niveau de vie, et on va encore aggraver la situation. Elle devrait nous alerter socialement, d'autant plus qu'il y a déjà eu les Gilets jaunes en 2018, les agriculteurs en 2024... Il faut se préparer à des conflits sociaux plus longs et plus destructeurs.
Et les patrons montent au créneau. Ils ne veulent pas être taxés. Ils ont raison ?
Oui et non. Oui, car les prélèvements sur les entreprises chez nous sont déjà parmi les plus lourds du monde, et la France et l'Europe sont coupablement passives face à l'agressivité économique américaine et chinoise. Non, car les plus grandes entreprises prouvent elles-mêmes qu'elles gagnent beaucoup d'argent en versant des dividendes record et en rachetant beaucoup d'actions à leurs actionnaires.