Depuis l’investiture de Donald Trump, le monde s’affole. Et en oublie les fondamentaux. Décarboner nos économies, moderniser nos entreprises, se protéger d’une concurrence déloyale… Une tribune du directeur général du groupe MAIF et coprésident du Mouvement Impact France, Pascal Demurger.Le monde ne s'est pas arrêté de tourner avec l'élection de Donald Trump. La nécessité de décarboner nos économies, de moderniser nos entreprises et de nous protéger d'une concurrence déloyale n'a pas disparu. Au contraire. Pourtant, nous assistons à une multiplication des attaques contre l'un de nos principaux boucliers : le Pacte vert européen. Le gouvernement français lui-même, pourtant héritier de l'accord de Paris, a demandé cette semaine à la Commission européenne de reporter ou vider de sa substance un texte central du Pacte: la directive CSRD. Revenir sur ce texte qui vise à mieux mesurer les impacts écologiques et sociaux des entreprises est une très mauvaise idée, pour la planète comme pour les affaires.
Les États-Unis ne sont pas encore une monarchie, et après Trump II viendra un autre pouvoir, potentiellement plus favorable à la transition. Après Trump I sont venus Biden et les 800 milliards de dollars green de la loi IRA. De son côté, la Chine poursuit son projet de « civilisation écologique ». Lever le stylo de la transition européenne est donc un pari de très court terme aux effets délétères pour notre compétitivité future. Découvrir ainsi que le gouvernement français propose que les entreprises n'aient plus à s'aligner sur les objectifs de l'accord de Paris est dévastateur. Nos difficultés actuelles à faire face à la concurrence des automobiles électriques américaines et chinoises illustrent combien tout retard dans notre transformation se paye au prix fort.
Plus précisément, les entreprises européennes ont besoin de la directive CSRD pour une raison simple: se protéger. Les risques auxquels sont exposées les entreprises sont toujours plus nombreux et impliquent que nous devenions plus résilients. Nous avons besoin de moins dépendre d'énergies fossiles, de nous protéger des catastrophes climatiques, d'évoluer dans des sociétés moins exposées aux crises sociales. En permettant de mesurer l'ensemble de ces risques, la CSRD est une aide précieuse à la décision. Bien sûr, il serait handicapant d'être les seuls à respecter ces obligations. C'est bien pour cela que la directive CSRD repose sur un principe d'extraterritorialité qui obligera toute entreprise extra-européenne ayant une activité sur notre continent à s'y conformer.
Le Pacte vert est un bouclier: pour avoir accès à notre marché de 500 millions de consommateurs, il faut appliquer nos règles. Défendre ce texte n'exempte pas d'être favorable à des simplifications. Une coalition « Futur CSRD » de 12 réseaux d'entreprises dont Impact France a ainsi proposé que l'on se concentre d'abord sur des indicateurs quantitatifs, ou des dérogations pour les entreprises de moins de 750 salariés. Mais s'avancer vers un report général de deux ans, comme le propose la France, ne fait qu'ajouter de l'insécurité juridique et de l'argent gaspillé pour les entreprises qui ont déjà appliqué le texte. Enterrer la CSRD nous rendra faibles, aveugles et chancelants. Ne faisons pas cette erreur.