OPINION. « Armer les citoyens par l’éducation aux médias et à l’information », par Nathalie Sonnac, présidente du Conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEMI
Face à la désinformation et à la défiance démocratique, l’éducation aux médias est devenue un enjeu stratégique. Nathalie Sonnac appelle à un sursaut politique pour structurer et renforcer ce pilier de la citoyenneté.
Par Nathalie Sonnac, professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, présidente du Conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEMI
Nathalie Sonnac est professeure à l’université Paris Panthéon-Assas et présidente du Conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEM.
À l'heure où les conflits géopolitiques s'accompagnent de guerres informationnelles, où les campagnes de désinformation fragilisent les démocraties, où les institutions font face à une défiance croissante, une évidence s'impose : il faut armer les citoyens par l'éducation aux médias et à l'information.
L'Union européenne ne s'y est pas trompée : dans sa récente consultation sur le « bouclier démocratique », elle identifie la désinformation, les manipulations de l'opinion, les cyberattaques ou encore les ingérences électorales comme des menaces majeures pour l'intégrité de nos processus démocratiques. Selon l'Eurobaromètre 2024, 82 % des citoyens considèrent la désinformation comme un danger pour la démocratie.
En France, cela fait plus de quarante ans que le Centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI) agit, chaque jour, pour sensibiliser élèves, enseignants, familles à la lecture critique de l'information. Son modèle fait référence, ici comme à l'international.
Dans une dynamique collective le CLEMI, avec l'appui de ses réseaux académiques et de ses partenaires, a pu accompagner les réformes entreprises depuis la « Grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République » après l'attentat contre Charlie Hebdo à la publication, il y a quelques jours, du projet de programmes d'éducation aux médias et à l'information (EMI) pour le Cycle 4. Toutefois, son équipe nationale agit avec des moyens constants depuis sa création : 20 personnes en 1983, nous n'en compte pas une de plus en 2025 !
Nous avons besoin d'un Conseil national de l'éducation aux médias et à l'information réunissant l'ensemble des représentants de la communauté éducative.
Malgré les nombreux rapports parlementaires, malgré les recommandations fortes issues des États généraux de l'information, malgré même un avis de la Cour des comptes appelant à doter le CLEMI d'un budget fléché et de moyens renforcés, rien ne change. Pire, à l'heure des économies, il faut se battre pour ne pas perdre ce qui existe déjà.
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Nous avons besoin d'un Conseil national de l'éducation aux médias et à l'information réunissant l'ensemble des représentants de la communauté éducative, tous les acteurs des médias et du numérique et les pouvoirs publics pour guider les choix stratégiques de la France dans un domaine de l'EMI qui ne cesse de progresser. Et d'un Centre national qui sera chargé de la coordination entre tous ces acteurs afin d'augmenter l'impact de leurs actions. Chacun agit sur le terrain, souvent de manière remarquable. Mais faute de coordination, chacun agit trop souvent seul.
Le futur projet de loi destiné à traduire en actes les recommandations des États généraux de l'information, qui placent l'EMI au cœur de leurs priorités, représente une opportunité inédite pour s'appuyer sur l'expertise éprouvée du CLEMI et dépasser le stade des déclarations d'intention.
Il est temps de franchir un cap, et accepter de passer à l'échelle. C'est pourquoi, à l'occasion du 84e Conseil d'orientation et de perfectionnement du CLEMI, nous avons lancé l'Appel du COP : un appel solennel pour que la France se dote enfin d'instances capables de porter ces ambitions à leur plus haut niveau. Le péril est trop grand pour ne pas franchir ce cap.
Ce Conseil national permettrait de mutualiser les efforts, de donner de la lisibilité à l'action publique, et surtout d'assurer un déploiement ambitieux et cohérent de l'éducation aux médias sur l'ensemble du territoire, dans et hors l'école, de la jeunesse aux adultes. L'EMI est aujourd'hui au cœur des débats publics, elle est reconnue comme premier levier d'engagement citoyen de la jeunesse. Mais sans stratégie nationale, sans pilotage structuré, sans impulsion politique claire, les efforts resteront dispersés.
Nous appelons à la confiance et à l'audace. La démocratie ne peut se défendre que par des citoyens informés, critiques, engagés. Donnons- nous enfin les moyens de cette ambition.
Par Nathalie Sonnac, professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, présidente du Conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEMI