OPINION. « N’abandonnons pas Ekrem Imamoglu et la démocratie turque », par Pierre Cazeneuve, député Renaissance des Hauts-de-Seine
L’arrestation arbitraire d'Ekrem Imamoglu, principal opposant à Recep Tayyip Erdogan, marque un tournant inquiétant pour la démocratie turque. L’Europe ne peut rester silencieuse face à cette dérive autoritaire, estime Pierre Cazeneuve, député Renaissance des Hauts-de-Seine.
Par Pierre Cazeneuve, député Renaissance des Hauts-de-Seine
Après l’arrestation du principal opposant à Recep Tayyip Erdogan, Pierre Cazeneuve s'inquiète pour la démocratie turque.
LTD/Eliot Blondet/ABACAPRESS
Il y a tout juste un mois, le 19 mars 2025, Ekrem Imamoglu, maire d'Istanbul et premier opposant au président Recep Tayyip Erdogan, était arbitrairement arrêté et envoyé en prison avec de nombreux partisans sur la base de chefs d'accusations aussi graves qu'infondés.
Par cet acte brutal, la Turquie d'Erdogan s'est définitivement écartée de l'État de droit pour prendre le chemin de l'autocratie. Pire, tandis que des révoltes populaires continuent encore d'irriguer les rues anatoliennes, réunissant plusieurs centaines de milliers de manifestants, le régime s'est lancé dans une stratégie d'invisibilisation du mouvement, au moyen d'une mise sous contrôle des médias traditionnels, de l'arrestation de journalistes et d'une quasi-désactivation des réseaux sociaux.
Face à cette opposition, le président Recep Tayyip Erdogan fait le pari de l'épuisement progressif, tout en comptant sur l'immobilisme des chancelleries mondiales et, particulièrement, sur la tiédeur des démocraties occidentales qui n'ont pas fait la queue pour condamner les atteintes manifestes aux engagements internationaux pris par la Turquie. Ce silence de l'Occident est une erreur. Il est au contraire impératif de dénoncer ces exactions et de ne pas sacrifier la lutte pour la démocratie turque sur l'autel de la realpolitik.
Deuxième contingent militaire le plus important de l'Otan, Ankara est un acteur majeur de la géopolitique mondiale. La Turquie cultive par ailleurs une ambiguïté stratégique déroutante. Alors qu'elle sert de base militaire pour la dissuasion nucléaire américaine, elle mène des raids contre les forces kurdes en Syrie, soutenues par les mêmes États-Unis.
Nous disons donc à Recep Tayyip Erdogan de ne pas imiter la dictature moyenâgeuse des mollahs iraniens.
Alors qu'elle fournit en drones l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh pour frapper l'Arménie, elle conduit simultanément une politique décisive de soutien à l'Ukraine par l'entremise de ces mêmes aéronefs TB2. Et tout en appelant à la destruction de l'État d'Israël, elle lutte contre le djihadisme mondial avec l'élimination récente par ses troupes du chef de Daech.
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C'est cette « puissance paradoxale » et la géographie politique unique de ce pays à la jonction entre l'Europe et le Moyen-Orient, entre les démocraties modernes et les régimes autoritaires, qui font de cet embastillement un véritable point de bascule. Quand la Turquie se refroidit, l'Occident claque des dents.
Face au désengagement progressif des États-Unis et à l'imprévisibilité de Donald Trump, l'autonomie stratégique européenne que nous portons ne saurait se faire sans le concours de la Turquie. Mais ce partenariat ne peut prospérer dans le temps long que si la nation anatolienne retrouve la voie de la démocratie et de son héritage imprégné des Lumières. Sans État de droit en Turquie, point de sérénité en Europe.
Nous disons donc à Recep Tayyip Erdogan de ne pas imiter la dictature moyenâgeuse des mollahs iraniens. L'Iran a trahi sa destinée historique : celle de devenir une puissance démocratique alliée pesant dans le concert des nations. Elle est aujourd'hui mise au placard des autocraties.
La Turquie ne doit pas connaître le même destin. Et nous, parlementaires, peuple français, ne devons pas nous résoudre à la voir s'y engouffrer. C'est tout le sens de la proposition de résolution européenne que nous portons à l'Assemblée nationale, afin d'appeler à la préservation des principes démocratiques et des libertés publiques en Turquie ainsi qu'à la libération d'Ekrem Imamoglu, dont la détention est le triste présage de notre impuissance future.
Par Pierre Cazeneuve, député Renaissance des Hauts-de-Seine