Face aux prévisions de défaite électorale en 2028, le président turc accentue la répression à l’encontre de ses opposants et de personnalités de la société civile.Les voies de la politique turque sont impénétrables. L'appel du chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, le 27 février, à rendre les armes et dissoudre le mouvement après quarante ans de guérilla contre l'État pourrait apparaître comme une étape positive pour le PKK et la vie politique dans son ensemble. Mais il occulte des concessions faites par les Kurdes de Turquie et les intérêts d'un exécutif toujours plus autoritaire.
« En entamant des pourparlers avec les Kurdes, le pouvoir veut s'attirer le soutien des parlementaires du parti DEM [prokurde], explique le politiste Berk Esen, rattaché à l'université stambouliote Sabanci. Il cherche à amender la Constitution pour retirer la limite des deux mandats présidentiels dans le but de permettre au président Erdogan de se représenter à l'élection de 2028. »
Les discussions avec le DEM et un PKK en position de faiblesse ne seraient donc, pour le « reis », qu'une énième manœuvre en vue de se maintenir à la tête du pays. Une manœuvre d'autant plus habile que Recep Tayyip Erdogan s'est bien gardé de lancer ces pourparlers, laissant son allié ultranationaliste Devlet Bahçeli en première ligne. En cas d'échec, le président turc pourra toujours s'en affranchir.
Surtout, ces négociations surviennent alors que le pouvoir a entamé un nouveau tour de vis répressif au cours des trois derniers mois. Profitant du détournement de l'attention internationale vers les frasques de Donald Trump, le régime a multiplié les coups de filet dans les cercles politiques, médiatiques, culturels, universitaires, associatifs et économiques.
Killian Cogan Correspondant à Istanbul