LA TRIBUNE DIMANCHE - L'Ifremer fait état d'une baisse de la ressource halieutique. Les pêcheurs sont-ils victimes ou coupables ?
CLAIRE NOUVIAN - Ils sont les deux à la fois : coupables et victimes de cette baisse des ressources. Le secteur doit se remettre en question. La surpêche est la première cause de destruction des écosystèmes marins. C'est un fait reconnu par l'IPBES, le panel intergouvernemental d'experts sur la biodiversité. Nous avons vidé l'océan de ses ressources. Dans la mer du Nord, par exemple, les poissons de plus de 16 kilos ont chuté de 99,2 % en l'espace d'un siècle. Hors aquaculture, la pêche représente moins de 6 % des ressources en protéines que nous consommons. Son impact environnemental, lui, est démesuré au regard des richesses qu'elle produit.
Doit-on arrêter de consommer du poisson ?
Non, mais il faut changer de cap. Toutes les pêches ne se valent pas sur les plans économique, social, environnemental. Les chalutiers sont trois à quatre fois moins rentables que la petite pêche artisanale et génèrent deux à trois fois moins d'emplois. Mais ils sont responsables de 72 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Pourtant, c'est la pêche industrielle qui capte aujourd'hui l'essentiel des subventions, notamment sur le carburant. Si nous voulons restaurer les océans, nous devons commencer par alléger la pression sur les milieux marins. Nous avons aujourd'hui entre deux et quatre fois trop de navires. Ensuite seulement, le secteur pourra retrouver un niveau satisfaisant de rentabilité.