Le président, l'horloge et le pendule
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Avec Emmanuel Macron, c'est toujours une histoire de temps. Dans son allocution de jeudi, le président de la République, tout en affirmant fermement qu'il mènerait son mandat jusqu'à son terme, a esquissé un mea culpa sur une dissolution incomprise et annoncé un changement de méthode : « À partir d'aujourd'hui s'ouvre une époque nouvelle avec des compromis nouveaux. » Le chef de l'État, qui depuis sept ans exerce le pouvoir de manière aussi jupitérienne qu'intransigeante, découvre les vertus du dialogue et des concessions... sous la contrainte des événements et de revers politiques à répétition.
Le compromis, voilà le mantra du président pour la fin du quinquennat. Sauf revirement, il semble faire sien le credo de Gandhi : « Je n'ai jamais cessé de mesurer mieux, jour après jour, la valeur du compromis. »
Jusqu'ici, avec le « en même temps », il a passé des compromis avec lui-même, au risque de désorienter les Français et de les faire douter de la constance et de la fermeté de ses convictions politiques. De ses premières consultations avant de nommer un successeur à Michel Barnier, Emmanuel Macron semble vouloir étendre le périmètre de son socle parlementaire à une partie du PS sans perdre le soutien des LR. Élargir, ouvrir, concéder, tels sont donc les mots clés pour tenter d'échapper à une nouvelle censure.
La prudence et la modestie seront attendues du nouveau locataire de Matignon. François Bayrou, riche d'une longue carrière politique commencée en 1982 comme conseiller général, pourrait être l'homme de la situation. Le maire de Pau ne disait-il pas que « derrière le rassemblement il y a le courage et le succès » ? L'admirateur et biographe d'Henri IV sait comme le Vert-Galant que, pour pacifier la France, Paris vaut bien une messe de réconciliation ! De plus, il pourrait même, à la différence de Michel Barnier, qui a surestimé sa capacité à neutraliser le RN, s'attirer l'indulgence de Marine Le Pen, confrontée comme lui aux affres d'un procès sur les assistants parlementaires européens.
Même si Emmanuel Macron parvient à trouver rapidement l'hôte de Matignon capable d'établir un pacte de non-censure, il n'en apparaît pas moins affaibli par le compte à rebours qu'il a lui-même déclenché à la télévision (trente mois), comme un aveu d'impuissance et de fatalisme face à une fin de règne annoncée et souhaitée par bon nombre de Français.
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À la recherche du temps perdu, le président peine à convaincre qu'il sera l'homme du temps retrouvé. Arrivé à l'Élysée comme un jeune homme pressé, il s'est égaré dans la procrastination et la tergiversation. Il a oublié les sages paroles de Jean de La Bruyère : « Ceux qui font emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté. » Emmanuel Macron, qui a beaucoup étiré le temps, sait qu'il ne pourra plus en abuser. Surtout en cas de nouvelle censure du Premier ministre qu'il s'apprête à nommer.
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