Ce soir-là, entre les murs froids de Bercy, « il s'est passé quelque chose », dixit un participant. Le nouveau ministre de l'Économie, Éric Lombard, recevait mercredi les représentants de la gauche : Olivier Faure, Marine Tondelier, Fabien Roussel... Pendant deux heures, ils ont débattu d'un potentiel accord de non-censure sur le budget. Et puis les discussions se sont éternisées jusqu'à 23h30, plus libres devant un buffet de petits sandwichs. Jamais l'ambiance entre la gauche et le gouvernement n'avait été si bonne, laissant penser à tous qu'une entente pourrait désormais être possible. Le lendemain matin, le ministre a reçu plusieurs messages des participants : « Merci de nous avoir écoutés. »
Sous ses airs de techno, Éric Lombard, qui se définit comme le « gauchiste de service qui n'aurait jamais dû être là », est aussi un fin politique. « Il en fait vraiment avec gourmandise et robustesse », note Jérôme Guedj, négociateur socialiste spécialiste des questions sociales. Cet homme à la carrure massive ne cherche pas à s'imposer mais à discuter. Dès sa nomination, il a appelé les socialistes, avec qui il n'a cessé d'échanger durant les vacances de Noël. « Je ne me serais pas lancé dans cette mission si je n'étais pas convaincu qu'on peut aboutir à un accord », plaide l'intéressé.
Amis socialistes
Mercredi soir, l'ancien directeur général de la Caisse des dépôts a été clair face à eux : « Moi, je ne mens jamais. Si ça n'est pas possible, je vous le dis tout de suite. » Contrairement à ses prédécesseurs, il n'a pas fermé la porte à la demande la plus politique et significative de la gauche : suspendre la réforme des retraites. Dès lundi, Éric Lombard a aussi accepté de tenir dans la semaine cinq réunions sur les thèmes définis par les socialistes : retraites, collectivités locales, recettes, dépenses et relance. « Éric n'a jamais été un acteur politique au sens strict du terme. C'est pour lui une force, il n'apparaît pas comme le traître vis-à-vis de la gauche », estime Michel Sapin, dont le ministre fut le collaborateur à Bercy sous Bérégovoy.