A l'approche de la déclaration de politique générale de François Bayrou, le ministre de l'Économie Éric Lombard juge possible « d'avancer » sur les dossiers chauds des retraites et du budget après avoir largement consulté les différents partis toute la semaine. Et ainsi éviter la censure. Un sentiment qui n'est pas forcément partagé.
Les discussions ont notamment porté sur le budget, priorité absolue du gouvernement, mais aussi sur la réforme des retraites qui a cristallisé tant d'oppositions et de ressentiments depuis deux ans. Éric Lombard juge que l'esprit qui a animé le dialogue « permettra d'avancer ». Les discussions devraient ainsi se poursuivre jusqu'à lundi soir.
Eric Lombard a salué « l'esprit de responsabilité et de transparence qui a animé toute cette semaine », tandis que la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, s'est dite « très rassurée » : « il y a dans notre pays des responsables politiques qui [...] partagent le sentiment [...] qu'il nous faut un budget rapidement ».
Trouver le chemin de la non-censure
Socialistes, écologistes et communistes discutent ainsi avec le gouvernement, principalement Bercy, avec l'objectif de trouver « un chemin » qui leur permettrait de ne pas voter la motion de censure que les Insoumis ont l'intention de déposer après la déclaration de politique générale. Dans cette optique, le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner a évoqué sur franceinfo, à défaut d'une abrogation de la réforme des retraites entrée en vigueur en septembre 2023, une suspension de l'application du report progressif de l'âge de départ de 62 à 64 ans, pendant 6 mois, le temps d'une renégociation avec les partenaires sociaux.
« Cette négociation de six mois pourrait commencer très vite et, pendant ce temps-là, nous demandons une suspension ou l'équivalent d'une suspension », a déclaré le sénateur socialiste. « J'ai senti quelques bougés au niveau du gouvernement », a-t-il encore assuré sur la question des 64 ans.
Il a ensuite précisé à l'AFP que cette durée de six mois résultait d'une réflexion personnelle, qui n'engage pas le Parti socialiste (PS). Ce qui ne l'a pas empêché de déclarer que « si nous sommes entendus (...), il n'y aura pas de censure portée par les socialistes ».
Encore faudra-t-il convaincre les autres partis du Nouveau front populaire (NFP). Dans le même temps, un écologiste a ainsi dit à l'AFP sentir les négociations « s'enliser ». Surtout, cette démarche de négociations vaut aux partis modérés du NFP d'être dans le viseur de La France insoumise (LFI) depuis plusieurs jours, et de déclencher la fureur de Jean-Luc Mélenchon qui a dénoncé « leur servilité ». LFI accuse d'ailleurs le PS de vouloir abandonner la retraite par répartition pour un système de retraite par points, cher à Emmanuel Macron, ce qu'a démenti le secrétaire général Pierre Jouvet, dénonçant une « fake news ».
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Le Rassemblement national (RN), relégué au second plan après avoir été choyé par le gouvernement Barnier, a également tiré à boulets rouges contre ces discussions entre Bercy et les socialistes. « Cet accord est une espèce d'escroquerie politique qui s'organise avec les sociaux-traîtres », a dénoncé le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy. Pour les députés d'extrême droite, « la suspension de la réforme des retraites ne serait qu'un artifice et un nouveau mensonge des socialistes et de la macronie pour gagner du temps et empêcher temporairement une censure » a pointé l'élu.
La parole sera à Bayrou
A l'issue des négociations, ce sera à François Bayrou de trancher et de faire connaître ses orientations dans sa déclaration de politique générale. Une « synthèse » des échanges entre le gouvernement et les formations politiques lui sera transmise ce samedi à cet effet, a fait savoir Éric Lombard. Les locataires de Bercy seront reçus samedi soir par François Bayrou, avec la ministre du Travail et de la Santé Catherine Vautrin, selon une source au sein de l'exécutif.
Le Premier ministre s'est pour l'instant refusé à parler de « gel » ou de « suspension » du report de l'âge légal de départ à la retraite, mais le gouvernement, lors des consultations avec les groupes parlementaires, a montré quelques signes d'ouverture, selon les participants.
« L'arbitrage va revenir à François Bayrou », mais une des pistes envisagées est bien de faire « une pause » sur la réforme pour réenclencher des négociations, a confirmé à l'AFP un cadre de la majorité.
Le gouvernement ne doit pas non plus s'aliéner le soutien des macronistes qui ont défendu la réforme en dépit des manifestations massives des opposants.
Le débat porte avant tout sur le coût d'une remise en cause de la réforme alors que le gouvernement souhaite un effort budgétaire d'environ 50 milliards d'euros cette année. Selon la Caisse nationale d'assurance vieillesse, abroger le recul de l'âge de la retraite coûterait 3,4 milliards d'euros en 2025 et près de 16 milliards en 2032. Le PS propose de mettre à contribution le Fonds de réserve des retraites créé à la fin des années 1990, à hauteur de 2 à 3 milliards d'euros cette année.
L'abrogation n'est, en revanche, pas une option pour le gouvernement car elle coûterait - selon un document de l'Assurance retraite révélé par Les Echos - 3,4 milliards d'euros en 2025, et près de 16 milliards en 2032. La Sécurité sociale est déjà à l'os, son déficit atteignant 18 milliards en 2024.
Si suspension et renégociation il y a, cela pourrait rouvrir la porte à un nouveau système, notamment le système par points voulu par Emmanuel Macron - abandonnée en 2020, au moment de la crise sanitaire - mais aussi François Bayrou. « Je reste partisan intellectuellement de la retraite à points », qui « offre des possibilités de trouver des compromis », avait déclaré le Premier ministre fin décembre sur BFMTV. Cela prendrait « entre dix et quinze ans de mise en œuvre », a néanmoins averti la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet lors d'un entretien à France Inter/France Télévisions/Le Monde.
À côté des retraites, les socialistes ont mis d'autres questions sur la table, comme les suppressions de postes dans l'Éducation nationale ou la justice fiscale. Outre l'abandon de la réforme des retraites, les écologistes réclament, eux, de « remettre 7 milliards a minima sur l'environnement », a expliqué Marine Tondelier à l'AFP.
Selon le journal L'Opinion, Amélie de Montchalin a évoqué devant les socialistes la piste d'une taxation du patrimoine des plus riches. Mais, à la presse vendredi soir, la ministre a simplement fait part de la « conviction » du gouvernement qu'il ne fallait pas « réduire le déficit en augmentant les impôts pour les classes moyennes ».