LA TRIBUNE DIMANCHE — Si la réforme des retraites est mise sur pause, quels sont les risques ?
PHILIPPE DESSERTINE — Ils sont nombreux, car c'est une erreur absolue. Nous n'avons aucune marge de manœuvre financière. Pas d'argent. Pas de réserve. Notre déficit, l'un des pires de la zone euro, atteint 6,1 %. Et la réforme de 2023 est loin d'être suffisante pour financer le déficit du régime des retraites, qui devrait atteindre entre 7,9 et 17,2 milliards d'euros cette année. Et encore, je ne parle pas des déficits des régimes de retraite du public financés par l'État ! Geler la réforme est un très mauvais signal envoyé aux marchés financiers. Revenir sur l'âge, une hérésie. Le rendement des taux souverains français à dix ans flambe déjà à 3,38 %, du jamais-vu depuis 2011 ! En 2019, nous empruntions à - 0,42 %. Autrement dit, le coût de la dette explose. Et encore, pour le moment, les marchés considèrent que la France est protégée par le reste de l'Europe. Mais ça ne durera peut-être pas...
L'Europe pourrait ne plus soutenir la France ?
Que se passera-t-il si demain on arrête la guerre en Ukraine et si l'Europe doit financer sa défense ? Surtout avec Donald Trump qui mise sur une crise de la zone euro... Les pays qui ont fait les réformes pour rétablir leurs comptes publics vont-ils supporter longtemps l'incurie française ? La France a un des âges de départ à la retraite les plus faibles de la zone. En Espagne, dirigée par les socialistes, l'âge légal de départ est à 66 ans ! Une grave crise européenne nous menace avec un raidissement des pays qui nous obligera alors à tailler dans les dépenses et à prendre des décisions douloureuses. C'est pourquoi, je le répète, mettre la réforme des retraites sur pause est une aberration.