LA TRIBUNE DIMANCHE — Vallourec était au bord de la faillite il y a trois, quatre ans. L'entreprise dégage 21 % de marge aujourd'hui. Cela a-t‑il nécessité des mesures douloureuses ?
PHILIPPE GUILLEMOT — À mon arrivée en 2022, j'ai effectivement dû prendre deux décisions difficiles mais indispensables pour faire renaître ce fleuron industriel français. J'ai d'abord acté que les capacités en Europe, déficitaires depuis sept ans, avaient peu de chances d'être rentables. Après en avoir négocié les conditions avec le syndicat IG Metall, j'ai donc décidé de fermer les deux sites allemands, entraînant la suppression de 3.000 emplois. Cela a été la plus grosse restructuration industrielle de la décennie en Allemagne. J'ai aussi fait le choix d'arrêter de vendre des produits de commodité, c'est‑à-dire des produits dont le seul critère d'achat du client est le prix.
Il y a toujours quelqu'un qui peut vendre moins cher que vous, et les ralentissements économiques frappent en premier lieu ces produits ! Pour l'industrie européenne, la valeur importe plus que les volumes. En 2024, nous avons produit 1,3 million de tonnes de tubes en acier, contre 2 millions avant mon arrivée. Nous produisons moins mais nous vendons plus cher. Et nous comptons désormais 13.000 salariés, contre 17.000 il y a trois ans. En France nous sommes aujourd'hui près de 1.300.
ArcelorMittal, qui est votre actionnaire principal, engage un plan social en France. Certains syndicats et partis politiques réclament sa nationalisation. Qu'en pensez-vous ?