Hydrogène « vert » : la France toujours orpheline d’une stratégie nationale

Le salon Hyvolution, grand-messe du secteur, s'est ouvert ce mardi 28 janvier, pour trois jours.
Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le salon Hyvolution, grand-messe du secteur, s'est ouvert ce mardi 28 janvier, pour trois jours.
Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Quand diable la France se dotera-t-elle d'une nouvelle stratégie nationale sur l'hydrogène, comme promis par les gouvernements successifs ? Au salon Hyvolution, la grand-messe du secteur qui s'est ouverte ce mardi 28 janvier, pour trois jours, la question plane. Et pour cause, d'aucuns s'attendaient à une publication cette semaine, à l'occasion de ce raout qui rassemble pas moins de 530 exposants venus du monde entier. Or, il n'en sera rien, confirme l'entourage du ministre délégué à l'Énergie, Marc Ferracci, à La Tribune.
À l'origine pourtant, cette feuille de route devait être présentée avant l'été. Celle-ci avait été mise en consultation il y a un an, et le document est « déjà prêt », affirmait-on il y a quelques semaines au sein du gouvernement Barnier. Concrètement, il servira à mettre à jour la première stratégie nationale, publiée en 2020 et qui reste « assez rustique », selon Philippe Boucly, le président de France Hydrogène, l'un des principaux lobbys du secteur.
Seulement voilà : flou budgétaire oblige, l'exécutif joue la montre. En effet, avant de finaliser le texte, Marc Ferracci souhaite être fixé sur le projet de loi de finances, que les parlementaires examineront jeudi en commission mixte paritaire (CMP). Le ministre n'a d'ailleurs pas prévu de se rendre au salon, malgré les invitations de la filière.
Mais la démarche laisse Philippe Boucly perplexe. « Il ne s'agit pas de définir un montant pour des aides, mais de donner une vision », glisse-t-il. En effet, au-delà des chiffres, une version provisoire consultée par plusieurs acteurs du secteur contient de nouvelles orientations décisives par rapport à 2020. Notamment l'ouverture à l'importation d'hydrogène bas carbone, l'aide à l'exportation d'électrolyseurs - ces engins qui extraient le fameux vecteur à partir d'eau et d'électricité -, ou encore l'importance des infrastructures de transport, de recharge et de stockage. Mais aussi la reconnaissance des services que peuvent apporter les électrolyseurs au réseau électrique, de plus en plus bouleversé par l'intermittence des énergies renouvelables.
Cependant, il ne s'agirait pas que d'un soutien symbolique. Car la feuille de route s'accompagnera également d'un mécanisme de soutien à la production d'hydrogène « propre ». Le gouvernement doit sélectionner, via un appel d'offres, des exploitants d'électrolyseurs afin de les aider financièrement à se développer dans un marché balbutiant. Concrètement, l'idée est de compenser l'écart de prix entre l'hydrogène décarboné, produit à partir d'électricité et d'eau, et celui de l'hydrogène « gris » issu de gaz fossile et beaucoup moins cher. À cet égard, 680 millions d'euros avaient été promis en 2024, mais pas un centime n'a encore été débloqué.
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Or, la filière en a bien besoin. Après des années d'emballement, celle-ci multiplie les difficultés. À l'image du français McPhy, qui a drastiquement révisé à la baisse son chiffre d'affaires 2024. Ou encore de GTT (Gaztransport & Technigaz), qui a demandé à sa filiale Elogen de revoir sa stratégie dans l'hydrogène, en raison de problèmes techniques. En cause, notamment, des difficultés à gérer l'intermittence des énergies renouvelables, qui produisent de l'électricité pour alimenter ces engins.
D'autant qu'un autre document est attendu de pied ferme, et accumule lui aussi du retard : la Commission européenne devait bientôt présenter son acte délégué définissant l'hydrogène « bas carbone », mais l'échéance sera reportée, ont fait savoir nos confrères de Contexte ce matin. En effet, le texte doit encore faire l'objet « de discussions en interne », peut-on lire. Il devra notamment trancher si l'hydrogène produit à partir de nucléaire, une source d'énergie très peu émettrice de CO2, est bien considéré comme « vert » et peut ainsi bénéficier d'un soutien financier de la part de Bruxelles.
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Ce qui confèrerait un avantage considérable à la France : grâce à son parc atomique, l'Hexagone peut s'appuyer sur un mix largement décarboné. Et par là même, alimenter les électrolyseurs en continu, en les raccordant à son réseau national d'électricité - c'est-à-dire sans dépendre directement de champs d'éoliennes ou de panneaux solaires. « Le fait que l'acte délégué ne soit toujours pas publié relève de l'abus. Si l'on voulait retarder le développement de l'hydrogène généré à partir de nucléaire, on ne ferait pas autrement », charge Philippe Boucly.