REPORTAGE — Fief politique de Sébastien Lecornu, le département, coincé entre Paris et Rouen, a vu quatre de ses cinq circonscriptions législatives basculer de la Macronie au RN en 2022.Kévin Mauvieux affiche un grand sourire. En cet hiver 2014, le jeune militant UMP se présente à ses premières élections municipales. Il espère prendre la vague bleue à Pont-Audemer, dans le nord-ouest de l'Eure, même s'il n'est que onzième sur sa liste. Face aux socialistes, une sommité nationale est venue sur le terrain donner un coup de pouce : Bruno Le Maire.
L'ancien ministre de l'Agriculture, qui se voit alors un destin présidentiel, est élu du département. À ses côtés se trouve son poulain, un prodige nommé Sébastien Lecornu. Il est âgé de 27 ans et fait campagne 100 kilomètres plus loin, à Vernon, en tête d'affiche. La mairie va s'offrir à lui comme, en 2015, le conseil départemental. L'Eure devient sa base arrière, son fief. Ceux qui croisent sa route pressentent qu'il ira loin.
Une décennie est passée, l'ascension de Sébastien Lecornu l'a conduit au poste de Premier ministre. Il faut remonter à Pierre Mendès France pour trouver un locataire de Matignon ayant fait son cursus local dans le même bout de Normandie. À cela près que, aux législatives de 2022, ce territoire a connu une bascule historique. Quatre de ses cinq circonscriptions sont passées de la Macronie au Rassemblement national. L'une d'elles a été remportée... par Kévin Mauvieux. Comme l'actuel chef du gouvernement, le licencié en économie a fini par rendre sa carte des Républicains, mais pour virer à l'extrême droite. La « vraie droite » à ses yeux. En 2007, il collait des affiches pour le centriste Hervé Morin, aujourd'hui président de la Région.
Mutations politiques
Le parlementaire et ses camarades frontistes ont vécu il y a trois ans une « divine surprise ». Les autres s'appellent Timothée Houssin, Christine Loir et Katiana -Levavasseur. Avant la parenthèse macroniste de 2017-2022, leurs circonscriptions ont toujours été estampillées gaullistes ou UDF, avec plus ou moins de rab pour le PS selon le thermomètre national. Le parti à la rose a d'ailleurs récupéré celle qui vote traditionnellement à gauche grâce à Philippe Brun.