4 Premiers ministres en un an, 51 jours sans gouvernement, 26 jours à Matignon... Le quinquennat Macron en 6 records

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire, lundi à Matignon.
LTD/Reuters

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire, lundi à Matignon.
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À l'heure où nous écrivons ces lignes, la France n'a plus de gouvernement. Sébastien Lecornu a présenté ce lundi 6 octobre sa démission à Emmanuel Macron. Une décision surprise motivée par l'attitude de « formations politiques [qui] ont fait semblant de ne pas voir cette rupture que représente ce choix de ne pas utiliser le 49.3 », a expliqué le Premier ministre démissionnaire. « Les conditions n'étaient plus remplies pour que je puisse exercer mes fonctions, pour trois raisons, a détaillé Sébastien Lecornu. Les formations politiques ont fait mine de ne pas voir la rupture profonde que constituait le fait de ne plus se servir de l'article 49.3. Il n'y avait plus de prétexte pour une censure préalable.»
La nouvelle crise politique qui s'annonce vient allonger la liste d'une série noire, déjà riche en records sous la Ve République. Sept Premiers ministres depuis 2017, le plus court mandat à Matignon, une dissolution inattendue de l'Assemblée nationale, une motion de censure qui a entraîné la chute du gouvernement Barnier... Les crises s'enchaînent à un rythme effréné. Mais cette situation est-elle vraiment inédite dans l'histoire de nos institutions ?
« Si on s'en tient à la Ve République, on n'a jamais eu de crise de cette nature, confirme Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS au Cevipof et à Sciences Po. Elle est inédite dans la mesure où elle est vraiment structurelle. Nous faisons face à des partis incapables de se mettre d'accord pour créer des coalitions stables. Et ce, quel que soit le mode de scrutin. »
Plus inquiétant, cette crise menace de s'accompagner d'une crise sociale et financière, alors que la dette atteint des sommets et que le mouvement de blocage du 10 septembre provoque des sueurs froides au sein de la majorité. Face à cette situation anxiogène, le niveau de confiance des Français envers leurs politiques atteint un niveau extrêmement faible (26% selon le dernier baromètre du Cevipof).
« Il existe un décalage entre les aspirations des Français et la représentation qu'en ont les politiques », poursuit Luc Rouban. « C'est pour cette raison que les dernières grandes crises sociales, comme celle des Gilets jaunes ou le mouvement de mobilisation contre la réforme des retraites, naissent en dehors des partis politiques. Mais comme les partis d'opposition ont le sentiment que la situation peut leur être profitable, ils ne cherchent pas à trouver de compromis. » Ce qui donne lieu à un climat particulièrement instable. En témoigne le nombre de records et de premières au cours de ce second quinquennat d'Emmanuel Macron.
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26 jours. C'est le temps qu'a tenu Sébastien Lecornu à Matignon et le record du plus court mandat à Matignon. Un record régulièrement battu sous le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron. Par Michel Barnier, par exemple, qui avait tenu 91 jours avant d'être contraint de démissionner à la suite de l'adoption d'une motion de censure par l'Assemblée nationale sur son projet de loi de financement de la sécurité sociale. Avant cette période de crise politique, ce record était détenu par Bernard Cazeneuve (161 jours à Matignon). Et encore, le contexte était alors très différent puisqu'il avait été choisi par François Hollande pour remplacer Manuel Valls qui se présentait candidat à la primaire du PS en vue de l'élection présidentielle de 2017.
C'est sans doute la meilleure illustration de l'instabilité actuelle. En 2024, les Français ont connu pas moins de quatre Premier ministres en une seule année calendaire : Élisabeth Borne (jusqu'au 9 janvier), Gabriel Attal (du 11 janvier au 16 septembre), Michel Barnier (du 5 septembre au 13 décembre) et François Bayrou, depuis le 14 décembre. Du jamais vu sous la Ve. Si le gouvernement de ce dernier était amené à tomber, Emmanuel Macron égalerait même le record de François Mitterrand qui avait nommé sept Premiers ministres au cours de ses deux quinquennats.
51 jours. C'est le temps qu'il aura fallu attendre pour que le président nomme un nouveau Premier ministre après la démission du gouvernement de Gabriel Attal. Cette longue attente devance le record de trente-huit jours du gouvernement Mayer en 1953, sous la IVᵉ République, alors même que la Constitution de la Vᵉ a été pensée pour pallier l'instabilité qui régnait à cette période-là.
Le 9 juin 2024 restera une date gravée dans les livres d'histoire politique. Au soir des élections européennes, les mots d'Emmanuel Macron provoquent un séisme : « J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale ». Sa décision, qui surprend jusqu'aux membres de son camp, est vécue comme une grossière erreur stratégique. Les élections législatives anticipées qui en découlent amènent à la constitution d'une Assemblée nationale encore plus divisée qu'elle ne l'était auparavant. Un pari perdu qui fait écho à celui de Jacques Chirac en 1997. Dans un climat de crise économique et social, ce dernier décide le 21 avril de dissoudre l'Assemblée pour renforcer sa majorité. Sans succès. La gauche l'emporte et Jacques Chirac est contraint d'accepter une cohabitation.
Si Élisabeth Borne n'atteint pas le record du nombre de recours à l'article 49-3 de la Constitution détenu par Michel Rocard (28 fois), l'actuelle ministre de l'Éducation nationale se hisse en seconde position du classement des Premiers ministres qui ont le plus utilisé cet outil qui permet au gouvernement d'adopter un texte de loi sans vote, en échange de l'engagement de sa responsabilité. En moyenne, Élisabeth Borne l'a utilisé 1,3 fois par mois. Ce qui lui a valu de faire face à pas moins de trente motions de censure. Un nombre d'autant plus impressionnant qu'à l'époque de Michel Rocard, les règles constitutionnelles ne limitaient pas encore son recours à un seul texte de loi par session parlementaire.
Dans la dernière enquête d'opinion Elabe pour « Les Echos », seulement 17 % des Français expriment leur confiance à l'égard du président de la République en cette rentrée de septembre. La plus petite marche atteinte par Emmanuel Macron depuis la crise des Gilets jaunes. Mais qui n'atteint pas encore le plancher de François Hollande à la fin de son quinquennat : 14 % en novembre 2016, selon les chiffres du même institut de sondage.
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