SONDAGE EXCLUSIF. Les Français se préparent à l’économie de guerre
Jules Pecnard
Des soldats français saluent le général Alain Lardet (en bas à gauche) après une simulation de combat lors de l'événement des Journées Scorpion au camp militaire de Canjuers, le 4 mars 2025.
Selon une enquête Ipsos-Cesi école d’ingénieurs réalisée pour « La Tribune Dimanche », deux tiers des sondés se disent favorables à l’augmentation des dépenses militaires de la France.
Les choix politiques historiques de Donald Trump semblent infuser dans l'opinion publique française. Depuis la décision du président américain - préméditée si brutalement face à Volodymyr Zelensky le 28 février - de cesser son soutien à l'Ukraine face à l'armée russe, les États membres de l'Union européenne sont sommés de réfléchir à leur autonomie stratégique.
L'allocution télévisée d'Emmanuel Macron mercredi, jugée trop anxiogène par une partie de la classe politique, avait vocation à mettre des mots sur ce changement de paradigme. À en croire une enquête Ipsos-Cesi école d'ingénieurs effectuée pour La Tribune Dimanche au lendemain de cette intervention présidentielle, les Français en partagent certains constats.
Plus de deux sondés sur trois se disent favorables à l'augmentation du budget que notre pays consacre à sa défense. Dans ces 68%, les sympathisants du socle commun - le bloc central postmacroniste et Les Républicains, donc - se montrent les plus allants, mais le sujet transcende les clivages politiques : les Français se déclarant proches de La France insoumise, mouvement ontologiquement hostile aux États-Unis et à l'idée d'affronter la Russie, sont 66 % à se dire « plutôt » ou « très » favorables à cette hausse de crédits militaires. Et ce, alors que la question posée précise « compte tenu de la situation internationale, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine ».
Les plus rétifs à cette évolution sont les sympathisants du Rassemblement national, qui ne sont que 52% à la cautionner. Cela explique en partie l'ambivalence de Marine Le Pen quant à la voie à suivre face à Moscou et Washington. « Malgré tout, les sympathisants RN qui s'opposent à l'augmentation du budget de la défense sont minoritaires, observe Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. On voit, globalement, que ce que disent Emmanuel Macron et François Bayrou sur Donald Trump et l'Ukraine est partagé par une majorité de Français. »
Même chez les sympathisants du RN, une majorité (56%) désapprouve les décisions de Donald Trump.
S'agissant des différentes pistes pour financer cette hausse, si le creusement des déficits est privilégié par deux tiers des sondés, un sur deux se dit tout de même prêt à passer par des économies faites sur la santé, l'éducation ou l'environnement. Phénomène prévisible, ce sont surtout les électorats centriste et LR qui se montrent ouverts à cette option, tout comme à celle de l'augmentation du temps de travail.
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S'agissant du degré de foi en l'UE « pour s'unir et bâtir une défense commune » qui permette à ses membres de s'émanciper du parapluie américain, le résultat est plus mitigé, 52% des Français interrogés disant avoir plus ou moins confiance. On voit réapparaître là le fondamental clivage européen, qui recoupe des déterminants de vote variés, certains économiques, d'autres idéologiques : de LR à LFI, les sympathisants de tous les partis sont entre 60 et 77% à exprimer cette confiance. Seuls ceux du RN sont massivement hostiles (69%) à un quelconque partage de notre défense avec nos voisins.
Un élément capital de ce sondage découle de questions directement liées à Donald Trump. Au total, 72% de l'échantillon Ipsos exprime de l'« indignation » ou de la « colère » vis-à-vis des décisions ou propos du président des États-Unis concernant l'Ukraine. Sur ce sujet, même parmi les sympathisants frontistes (56 %), une majorité se dégage. C'est également le cas sur l'opportunité d'un boycott des entreprises américaines présentes sur le sol français : 55% des Français proches de Marine Le Pen s'y disent « disposés ».
C'est bien en deçà des taux affichés chez les autres sensibilités politiques, mais c'est notable. « Ce qui est très intéressant, c'est la variable de l'âge, complète Brice Teinturier. Chez les 18-24 ans, seulement 58% éprouvent de l'indignation ou de la colère à l'égard de Donald Trump. » Ce chiffre atteint 83 % chez les plus de 70 ans. Comme pour d'autres débats, ce clivage générationnel est l'une des clés des choix stratégiques à venir.
Enquête Ipsos-Cesi école d'ingénieurs pour « La Tribune Dimanche »
Sondage Ipsos-Cesi école d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche effectué le 6 mars 2025 auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus interrogées en ligne selon la méthode des quotas. (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi école d’ingénieurs)