Ukraine : Bayrou veut « réunir tous les moyens possibles » pour compenser l'aide américaine
latribune.fr
Le pays va avoir besoin de munitions, d' « un certain nombre de systèmes pour le renseignement » ou encore d’accès « à des réseaux et à la connectivité », a ajouté François Bayrou.
Le Premier ministre français appelle les pays européens augmenter l'aide à l'Ukraine pour compenser la décision de Donald Trump de mettre au pause l'aide à au pays.
[Article publié mardi 4 mars 2025 à 4h59, mis à jour à 19h33]
La France n'abandonnera pas l'Ukraine. Voilà le message qu'a voulu faire passer François Bayrou ce mardi. Le Premier ministre a annoncé que Paris va s'efforcer de « réunir tous les moyens possibles », avec d'autres pays européens, pour compenser le gel de l'aide militaire américaine à l'Ukraine. Un peu plus tard dans la soirée, le député allemand Friedrich Merz, a annoncé que son pays va débloquer plus de 3 milliards d'euros d'aide militaire supplémentaire pour Kiev.
Pour rappel, ce mardi, un responsable de la Maison-Blanche avait annoncé que « nous faisons une pause et réexaminons notre aide pour nous assurer qu'elle contribue à la recherche d'une solution » au conflit entre l'Ukraine et la Russie, a déclaré un responsable de la Maison-Blanche sous couvert d'anonymat.
La suspension concerne essentiellement l'aide militaire déjà approuvée sous l'ancienne administration de Joe Biden et très largement soldée. D'ailleurs, les livraisons de l'aide américaine « sont en train de cesser, puisque des trains entiers qui étaient chargés à destination de l'Ukraine sont stoppés et interdits de se rendre à leur objectif », a affirmé le chef du gouvernement devant l'Assemblée nationale.
Or, le pays va avoir besoin de munitions, d' « un certain nombre de systèmes pour le renseignement » ou encore d'accès « à des réseaux et à la connectivité », a ajouté François Bayrou.
Donald Trump ne décolère pas contre le président ukrainien depuis la rencontre vendredi dernier à la Maison-Blanche qui a tourné à l'affrontement verbal. Et le président américain a accentué lundi ses menaces contre le dirigeant ukrainien, qu'il suspecte de ne « pas vouloir la paix » avec la Russie. Il a assuré notamment qu'il ne « tolérerait plus très longtemps » les positions du président ukrainien.
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Le dirigeant de la première économie mondiale a aussi jugé dans la journée que son homologue ukrainien devrait être davantage « reconnaissant » pour l'aide des États-Unis. Mais il a aussi estimé que l'accord sur l'accès aux minerais ukrainiens - censé être signé par Volodymyr Zelensky à Washington vendredi, pouvait encore être conclu.
De son côté, le chef de l'État ukrainien a estimé sur X qu'il était « très important que nous essayions de rendre notre diplomatie vraiment substantielle pour mettre fin à cette guerre le plus vite possible. »
Et, dans une vidéo publiée lundi soir, il a réitéré son appel à fournir à l'Ukraine des garanties de sécurité : « C'est l'absence de garanties de sécurité pour l'Ukraine il y a 11 ans qui a permis à la Russie de commencer l'occupation de la Crimée, et la guerre dans le Donbass, puis l'absence de garanties de sécurité a permis à la Russie de lancer une invasion à grande échelle », a-t-il rappelé.
« La pire chose »
Réagissant plus tôt à une déclaration faite dimanche à Londres, dans laquelle Volodymyr Zelensky estimait qu'« un accord mettant fin à la guerre [était] très très lointain », Donald Trump l'a menacé de « ne plus tolérer très longtemps » cette position. « C'est la pire chose que Zelensky pouvait dire et l'Amérique ne va plus tolérer ça très longtemps », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social. « Ce gars ne veut pas de paix tant qu'il a le soutien de l'Amérique », a déclaré Donald Trump, qui avait menacé vendredi de « laisser tomber » l'Ukraine s'il ne se faisait pas plus conciliant.
Comme en écho aux propos du président américain, le Kremlin, qui avait ordonné en février 2022 l'invasion de l'Ukraine, a assuré lundi qu'il fallait « forcer Zelensky » car « il ne veut pas la paix ».
Quant aux alliés européens de Kiev, le président français Emmanuel Macron a évoqué l'idée dimanche d'une première trêve d'un mois « dans les airs, sur les mers et les infrastructures énergétiques ». Une initiative sur laquelle Londres a aussitôt souligné qu'il n'y avait « pas d'accord » à ce stade.
Un sommet à Bruxelles jeudi sera consacré à l'Ukraine et aux questions de sécurité européenne. Mais « ce sera un échec pour tout le monde si l'Ukraine est forcée à un cessez-le-feu sans de sérieuses garanties de sécurité », a souligné Volodymyr Zelensky, dans la nuit de dimanche à lundi.
La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni en cohésion
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a de son côté souligné lundi que, plus de 35 ans après la chute des régimes communistes soutenus par Moscou en Europe, « jamais le risque d'une guerre sur le continent européen, dans l'Union européenne, n'a été aussi élevé ».
Invités par le Premier ministre britannique Keir Starmer, quinze dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz, ont affiché dimanche leur engagement à soutenir Kiev et à se réarmer face à la Russie.
Ce mardi, Londres a pris une nouvelle initiative concrète en annonçant la simplification de ses procédures d'achat de matériel militaire pour l'Ukraine. L'objectif : « Réduire la paperasse qui ralentit l'approvisionnement en équipements de défense, allant des navires aux munitions ». Cette action intervient une semaine après avoir annoncé une hausse de ses dépenses militaires pour faire face aux nouveaux enjeux de sécurité en Europe. Sur ce segment, son budget passera 2,5% du PIB d'ici 2027.
Sur le terrain, les Russes ralentissent
Sur le terrain, la guerre continue de semer la mort et la dévastation. Le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, a indiqué lundi qu'« un missile balistique Iskander-M avec munitions à fragmentation » avait frappé samedi un centre d'entraînement de l'armée de terre dans la région de Dnipropetrovsk, à plus de 100 km de la ligne de front, faisant « des morts et des blessés ». Selon un blogueur militaire ukrainien, entre 30 et 40 soldats ont été tués et jusqu'à 90 ont été blessés.
Photo d'illustration (Crédits : ISW)
Par ailleurs, une infrastructure pétrolière a pris feu lundi soir dans la région russe de Rostov, frontalière de l'Ukraine, après une attaque de drones, a indiqué le gouverneur régional par intérim, Iouri Slioussar. Mais l'avancée russe dans l'est de l'Ukraine a de nouveau ralenti, avec un gain de seulement 389 km² en février, après 431 km² en janvier, 476 km² en décembre et un pic à 725 km² en novembre.
Obus, radars, missiles... Les livraisons militaires américaines à Kiev depuis 2022
Les États-Unis ont fourni avec Joe Biden 65,9 milliards de dollars d'aide militaire à l'Ukraine entre le premier jour de l'invasion russe, le 24 février 2022, et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Une grande partie de ce matériel militaire a été directement prélevée dans les stocks existants de l'armée américaine.
Armes antiaériennes
Face aux attaques aériennes régulières de l'armée russe, trois batteries de Patriot, avec les missiles correspondants, ont été livrées en Ukraine par les États-Unis. D'autres systèmes de défense antiaériens, dont 12 Nasams, font partie de la liste, de même que plus de 3 000 missiles Stinger. Pour les rendre efficaces, 21 radars antiaériens ont aussi été fournis.
Obus, missiles et grenades
Washington a envoyé en Ukraine 200 obusiers de 155 mm et plus de 3 millions d'obus de ce calibre, 72 obusiers de 105 mm, avec un million d'obus correspondants, et des centaines de milliers d'obus d'autres calibres. Plus de 40 Himars, des lance-roquettes montés sur des blindés légers, ont été livrés avec les missiles correspondants.
Washington a aussi donné à l'Ukraine plus de 10 000 Javelins, des missiles antichar devenus symboles de la résistance ukrainienne contre l'invasion russe dans les premières semaines de la guerre. Plus de 120 000 autres armes et munitions contre les véhicules ont été livrées, ainsi que 10 000 Tow, des missiles antichars à guidage filaire. Pour les armes légères, plus de 500 millions de cartouches et grenades ont été fournies aux soldats ukrainiens.
Hélicoptères, chars et bateaux
Si Washington a refusé de livrer directement des avions de combat, l'administration Biden a transmis à Kiev 20 Mi-17, des hélicoptères de conception soviétique, et de nombreux drones. Après de longues tergiversations de l'administration Biden, les États-Unis ont aussi livré à partir de janvier 2023 un total de 31 Abrams, les chars lourds américains les plus avancés. Ils ont aussi transmis 45 tanks de conception soviétique, des T-72B.
La liste comprend aussi plus de 1 300 véhicules blindés de transport de troupes, plus de 5 000 voitures militaires Humvee, plus de 300 ambulances blindées, 239 camions-citernes pour le transport du carburant... Une centaine de petits navires côtiers ont aussi été livrés. Le département d'État liste du petit équipement, comme des lunettes de vision nocturne.
Et depuis le 20 janvier ?
L'ensemble de ces chiffres datent du 20 janvier dernier, dans les dernières heures de l'administration Biden. Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et jusqu'à lundi, Washington a continué de livrer à Kiev des « munitions critiques » précédemment approuvées par les démocrates, dont des missiles, des armes anti-tanks et des obus, selon un responsable du Pentagone.