
C'est l'une des conséquences de l'impopularité de notre classe politique : pas grand monde n'est convaincu qu'une dissolution « bis » améliorerait les choses. Alors qu'Emmanuel Macron vient de recouvrer son droit de provoquer des élections législatives anticipées, Ipsos BVA et l'École d'ingénieurs Cesi ont sondé les Français sur le sujet.
42% des personnes interrogées ne souhaitent pas qu'il y ait une nouvelle dissolution de l'Assemblée « dans les mois à venir », pour seulement 31% de favorables. En septembre 2023, dans l'enquête Fractures françaises réalisée par le Cevipof pour Le Monde, 38% voulaient ce bouleversement et 26% s'y opposaient.
➡️ Retrouvez l'étude complète ici : Les principales préoccupations des Français Baromètre Ipsos BVA-Cesi École d'ingénieurs pour La Tribune Dimanche.
Il n'y a que chez les sympathisants lepénistes qu'une majorité prodissolution se dégage - et celle-ci n'est que de 51%. Il est intéressant néanmoins de voir vers quoi pencheraient les Français s'ils étaient appelés à recomposer leur chambre basse, fragmentée comme jamais sous la Ve République.
Parmi les sondés, 43% disent vouloir une victoire de l'extrême droite et de ses alliés, 29% du Nouveau Front populaire (ou ce qu'il en reste)... et 28% du socle qui soutient l'actuel gouvernement, en incluant donc Les Républicains. « Il faut être précautionneux, car ces souhaits ne tiennent pas compte des configurations partisanes et locales, met en garde Brice Teinturier, mais ça donne une température. Or 43% pour le Rassemblement national, c'est énorme. Et on voit par ailleurs que l'équation politique de LR est toujours aussi terrible. »
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La droite a beau avoir retrouvé des couleurs auprès de l'opinion publique depuis son retour aux affaires de l'État, elle poursuit deux objectifs difficilement conciliables : gouverner avec le centre et d'anciens macronistes tout en récupérant des électeurs du RN. Chez les sympathisants LR, 59% envisagent un vote en faveur du bloc central en cas de législatives anticipées et 33% un vote frontiste.
« On voit bien de quel côté se trouve le gros du gâteau pour la droite, sauf que cela ne correspond pas à la stratégie de Bruno Retailleau, qui perpétue celle de Patrick Buisson et du discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble en 2010, observe le directeur général délégué d'Ipsos BVA. Ça ne peut pas être payant, car, dès lors qu'il gouverne avec les centristes, il a choisi sa hiérarchie. »
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Toutes ces hypothèses - y compris celle de l'introduction d'un mode de scrutin proportionnel aux législatives, voulue par 73% des sondés - sont tempérées par l'apparente envie des Français que le calendrier électoral, en l'état, suive son cours. « Ils attendent surtout la présidentielle. C'est peut-être la chance de François Bayrou », s'amuse Brice Teinturier. Peut-on imaginer un Premier ministre si fragile durer si longtemps ?