SONDAGE EXCLUSIF. 71 % des Français ne digèrent pas la dissolution
Selon un sondage Elabe pour « La Tribune Dimanche » et BFMTV, le RN serait largement en tête en cas de législatives anticipées. Le camp macroniste serait en net recul.
Selon un récent sondage Elabe, le Rassemblement national arriverait en tête des intentions de vote en cas de législatives anticipées.
LTD/Quentin de Groeve / Hans Lucas via Reuters Connect
Un an après, la dissolution ne passe pas chez les Français. Pour 71 % d'entre eux, le choix d'Emmanuel Macron de convoquer des élections législatives anticipées, annoncé le 9 juin 2024, a été une mauvaise décision selon un sondage réalisé par l'institut Elabe pour La Tribune Dimanche et BFMTV. Le désaveu est sans appel pour le chef de l'État, qui n'aura jamais réussi à convaincre de l'intérêt pour le pays de son geste, malgré ses multiples explications. Celui-ci demeure en premier lieu jugé très sévèrement par son propre camp : 80 % des électeurs macronistes du premier tour des législatives de l'année dernière le déplorent.
Alors qu'il n'y a plus désormais de majorité claire et stable à l'Assemblée nationale, les Français regrettent cette situation. Pour 63 % des personnes interrogées, c'est une mauvaise chose pour le pays, car elle provoque des blocages et ralentit les prises de décision. Si cette appréciation domine dans l'ensemble des électorats, seuls les électeurs du Nouveau Front populaire (NFP) ont un avis plus nuancé. S'ils sont 51 % à déplorer le marasme actuel, 48 % estiment en revanche que cette situation est une bonne chose pour la démocratie et le débat et qu'elle oblige les différentes forces politiques à faire des compromis et à négocier. Chez l'ensemble des Français, ils sont 36 % à partager cette opinion.
Photo d'illustration (Crédits : Elabe pour La Tribune Dimanche)
Conséquence logique du jugement très négatif porté par les Français sur l'état du paysage politique actuel, 65 % d'entre eux ne souhaitent pas qu'il y ait une nouvelle dissolution dans les semaines ou les mois à venir, alors qu'il sera de nouveau possible pour le chef de l'État de convoquer des élections législatives anticipées à compter du 8 juillet. Une opinion partagée par 80 % des électeurs macronistes et même 60 % de ceux du NFP. « Les Français ont compris que la dissolution ne réglerait rien, constate Bernard Sananès, le président d'Elabe. Ils ont intériorisé que le seul scrutin qui pourrait débloquer la situation serait la présidentielle. »
Le Rassemblement national renforcé
Seuls les électeurs du RN sont d'un avis contraire : 55 % d'entre eux voudraient une nouvelle dissolution. Est-ce parce qu'ils ressentent être en moins mauvais état que les autres ? Pour 42 % des Français, le Rassemblement national est en effet le camp politique qui est sorti le plus renforcé de la dissolution (un jugement en hausse de 8 points par rapport à décembre 2024). Il est ainsi perçu, et de très loin, comme le seul gagnant de cette séquence. Le NFP est, lui, vu comme renforcé par seulement 10 % des personnes interrogées, LR 5 %, tout comme Ensemble (la dénomination de l'alliance passée entre Renaissance, Horizons et le MoDem lors des précédentes législatives). 31 % des Français jugent qu'aucun camp n'est dans ce cas.
Photo d'illustration (Crédits : Elabe pour La Tribune Dimanche)
La domination du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella se constaterait également en cas de nouvelle dissolution rendue nécessaire par l'impasse politique dans laquelle le pays se trouve. Lors de nouvelles législatives anticipées, le RN arriverait largement en tête, obtenant autour de 33 % des voix, soit le même score qu'il y a un an. « Ni le procès et la condamnation de Marine Le Pen ni l'émergence de Bruno Retailleau ne l'affectent », constate Bernard Sananès.
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Photo d'illustration (Crédits : Elabe pour La Tribune Dimanche)
Si, comme en 2024, la gauche était unie, le NFP rassemblerait 21 % des suffrages. Le recul serait net par rapport aux précédentes législatives, où c'était 28 %. Un quart des électeurs ayant voté pour ce cartel des partis de gauche ne rééditerait donc pas son geste. En cas de désunion, LFI obtiendrait 10 % des voix et une alliance entre le PS, Les Écologistes et le parti communiste 16 %. Pour Ensemble, la chute serait très forte : l'alliance macroniste n'aurait que 15,5 % soit cinq points de moins qu'il y a douze mois. Cette contre-performance s'explique notamment par le vif mécontentement chez les électeurs macronistes contre le chef de l'État après la dissolution. LR récolterait, lui, 10 %, comme il y a un an.
« La tripartition demeure, conclut Bernard Sananès, mais à l'intérieur de deux de ces trois blocs, les dynamiques bougent. LFI est en net recul. Au sein du socle commun, le rapport de force entre Ensemble et Les Républicains évolue au profit de ces derniers, même si l'étiquette LR n'a pas vraiment repris de vigueur. » Cette fragmentation, la perspective d'une division à gauche dès le premier tour, les interrogations autour du devenir du socle commun rendent impossible toute projection en sièges ; les configurations de second tour étant trop incertaines.