LA TRIBUNE DIMANCHE — DDPF : ces 4 lettres ont effrayé la France cette semaine. Ce mouvement vous inquiète-t‑il ?
DRÏSS AÏT YOUSSEF — On ne sait pas si c'est un mouvement, une organisation ou simplement une diversion, il faut rester prudent. Ce qui a motivé la saisine du parquet national antiterroriste, ce sont les cibles choisies et le caractère concerté des attaques, qui laissent à penser qu'il y a eu synchronisation dans l'action, mais le profil des auteurs et leurs motivations restent encore inconnus.
Les ministres de l'Intérieur et de la Justice privilégient la piste des narcotrafiquants. Ont-ils raison ?
Ils ont totalement tort. Ce n'est pas à eux de communiquer, c'est au parquet national antiterroriste de donner les premiers éléments, et d'ailleurs il n'a ni privilégié ni exclu de piste. Ce qui est sûr, c'est que la communication de Gérald Darmanin et Bruno Retailleau était prématurée. Rien ne nous dit que ce sont des narcotrafiquants qui, depuis leur cellule, ont commandité ce type d'attaques.
Qu'est ce qui vous fait douter de leur version ?
J'imagine mal un ou plusieurs trafiquants chevronnés d'une organisation criminelle organiser toutes ces actions depuis leur cellule. Défier l'État, ils ne le feraient pas comme ça. Quel est l'intérêt puisqu'ils savent que la réponse sera encore plus dure ? Actuellement, ces narcotrafiquants sont en télétravail en prison, et dans quelques mois certains d'entre eux basculeront vers un accident du travail s'ils sont transférés dans des prisons de haute sécurité mises en place par Gérald Darmanin. À leur place, je prendrais plutôt une armée d'avocats pour contester leur transfert, et ça, ils savent très bien le faire. Payer des individus pour brûler trois voitures, ils sont plus intelligents que ça.
Il n'en reste pas moins que, à travers ces actions, c'est bien l'État qui a été défié...
Ce sont des faits qui sont extrêmement graves et c'est pour cela que le Pnat s'est saisi. Mais vous verrez dans les dépositions des mis en cause des gens totalement immatures. On est dans deux visions de la société complètement différentes. Nous sommes effarés, c'est une attaque de la justice, l'un des fondements de notre État de droit, c'est très grave. Mais, pour ceux qui ont participé, ils ne voient pas ça de la même manière : pour beaucoup, c'est de la provocation. Ce sont des individus décérébrés. La vision que nous avons de la situation n'est pas la même que celle des commanditaires de ces violences.
Propos recueillis par Nelson Getten