Le volet « Stupéfiants » du baromètre de la confiance politique du Cevipof laisse paraître une puissante demande de fermeté.Vendredi, en déplacement à Grenoble, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, affirmait derechef vouloir « faire la guerre aux narcotrafiquants » après que, la même semaine, un règlement de comptes entre rivaux s'était soldé par l'explosion d'une grenade. Dans les murs de l'hôtel de police de Grenoble, cette déclaration martiale du ministre de l'Intérieur résonnait comme un écho lointain aux promesses oubliées de ses prédécesseurs.
Comme eux, et en quelques mois seulement, il a épuisé toutes les métaphores guerrières. De surenchères verbales en ruptures sémantiques, le ministre a généralisé l'usage du préfixe « narco » (narcotrafic, narcobanditisme, narchomicide...) et imposé, dans le débat public, les termes de « cartels » et de « mexicanisation » pour dessiner un tableau, le plus dramatique possible, d'une situation critique depuis déjà bien longtemps.
En 1990, le reporter François Missen, prix Albert-Londres en 1974, et le superflic Marcel Morin cosignaient La Planète blanche, un ouvrage sur le tsunami d'héroïne qui avait inondé Marseille en 1971. Depuis 1974, dans le sillage de Michel Poniatowski, chaque ministre de l'Intérieur s'est essayé à l'éradication du fléau, multipliant les déclarations tonitruantes.
Sauf qu'en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants la parole des ministres n'est ni autosuffisante, ni performative. Si bien que la lassitude des Français ne date pas d'hier : les plus anciens d'entre eux ont été les contemporains de cinquante années de promesses vaines qui masquent de plus en plus mal l'absence d'effet tangible.
Par Guillaume Farde, professeur affilié à l’École d’affaires publiques de Sciences-Po, consultant police-justice BFMTV