ENTRETIEN — En 2021, le gouvernement a lancé le numéro STOP (0 806 23 10 63), une ligne d’écoute anonyme pour les personnes attirées sexuellement par les enfants. À Toulouse, Julien Da Costa, psychiatre au Criavs Midi-Pyrénées, fait partie des répondants.LA TRIBUNE DIMANCHE — À quoi sert ce numéro ?
JULIEN DA COSTA — La prévention a longtemps été un angle mort dans la prise en charge des troubles pédophiles. Le but, c'est d'éviter le premier passage à l'acte. Avant que ce numéro soit mis en place, certaines personnes tentaient de parler de leur attirance sexuelle pour des mineurs à leur médecin généraliste, qui ne savaient pas quoi leur répondre. D'autres se rendaient directement à la gendarmerie, qui les renvoyait chez eux parce que finalement ils n'étaient pas encore passés à l'acte.
Que leur dites-vous au téléphone ?
C'est parfois la toute première fois qu'ils en parlent. Pour évaluer le risque, on demande à la personne quel âge elle a et si elle est en contact régulièrement avec des mineurs. A-t‑elle des idées de passage à l'acte ? Depuis quand ? Ensuite, on peut répondre à ses questions et on lui propose une prise en charge auprès de professionnels formés.
Devez-vous appeler la police ?
À Toulouse, nous n'avons jamais eu à le faire. Mais cela peut être le cas : si nous identifions un mineur en danger, nous devons faire un signalement aux forces de l'ordre. Au début de l'appel, j'explique ce qui fait partie du secret professionnel et ce qui n'en fait pas partie.
Est-on en retard en France sur la prévention ?
On manque encore d'une grande campagne pour faire connaître le numéro. En 2022, plus de 4 000 personnes ont appelé le numéro STOP au niveau national. Cela pourrait être plus si le dispositif était davantage connu. En Allemagne, dès les années 2000, vous avez de l'affichage publicitaire dans le métro, avec une vraie volonté des pouvoirs publics de communiquer sur ce sujet. En France ce n'est pas le cas. C'est encore très tabou. Or, sans prévention auprès des potentiels auteurs, on ne parviendra pas à lutter efficacement contre les violences sexuelles.