Le bruit environnant, savant mélange de klaxons et de sirènes, paraît familier. Ici, les avenues ressemblent à des autoroutes et racontent une certaine idée de la banlieue. Après une matinée de soins, Guerschon Yabusele, hoodie noir et longue barbe, fend l'air au volant de sa grosse cylindrée. Pour regagner son chez-lui, au 30e étage d'un immeuble dans un quartier huppé de Philadelphie, il doit changer d'État. Exit le New Jersey, où se situe le centre d'entraînement flambant neuf des Sixers, bienvenue dans la ville la plus peuplée de Pennsylvanie.
Une bien petite transhumance pour ce grand globe-trotter, de retour en NBA cette saison avec, dans ses bagages, un statut qui pèse lourd : celui de l'homme qui a « postérisé » LeBron James en finale des Jeux olympiques de Paris 2024. Une action qui l'a consacré « aux yeux du monde » après y avoir longtemps cherché sa place. « Le moment était assez incroyable, savoure-t-il avec du recul. Je suis devant ma famille et mes proches, et je me retrouve à dunker sur LeBron James. »
Pour les non-initiés, il faut resituer : mettre à terre la légende parmi les légendes, 40 ans depuis lundi, tout en marquant au-dessus de son double mètre zéro six, équivaut à peu près à infliger un petit pont à Lionel Messi avant de marquer en lucarne. « Dans ma tête ça dure quatre ou cinq secondes, reprend Guerschon Yabusele. Ce n'est qu'à la fin du match et les jours suivants que je me suis rendu compte de la portée du geste. » Dès le lendemain, et malgré la défaite des Bleus, « les réseaux sont saturés » de vidéos de sa destruction massive, parachevant sa mue au cours de JO entamés sur le banc.