Peterson Céüs pratique la gymnastique rythmique depuis ses 10 ans. Problème : c’est le seul sport olympique inaccessible aux hommes. Un manga retrace son histoire.Le cliché qui l'énerve le plus est en même temps « le plus beau compliment » que l'on puisse faire à son sport, et il s'agit justement de dire que ce n'est pas un sport. « Ça signifie qu'on fait bien notre travail, mais ça pique », souffle-t-il, invitant les persifleurs à s'infliger juste une heure de son échauffement. Mais Peterson Céüs, 27 ans dont dix-sept de gymnastique rythmique, s'offusque davantage que certains clubs ou fédérations continuent de parler de GRS quand cela fait un quart de siècle que le S a été remisé.
« Justifier le caractère sportif avec, c'est très dénigrant, s'agace-t-il. On parle d'un sport olympique, quand même ». Oui, et le seul non mixte depuis que la natation synchronisée n'est plus uniquement réservée aux femmes.
Peterson Céüs milite depuis longtemps pour que sa discipline, accolée aux rubans et aux justaucorps, soit ouverte aux hommes au plus haut niveau. Il est allé devant le Conseil d'État, qui l'a débouté en octobre 2021, arguant du trop peu de pratiquants. Il trouve la décision « hyper intéressante » dans la mesure où « la preuve d'une discrimination indirecte » émanant de la Fédération internationale de gymnastique a été prouvée, selon lui, mais qualifie l'argument du nombre, avancé ici, d'« hypocrite ». « S'il n'y a pas de catégorie officielle, les garçons ne vont pas s'inscrire. Surtout dans un sport comme la GR, qui véhicule une image très féminine ».
« Misogynie et homophobie »
Il raconte une discussion avec un jeune garçon qui pratique aussi la danse classique. Rêves de JO et d'opéra. « Le choix est déjà plus ou moins fait dans la tête des parents, reprend le Francilien. On ne peut pas attendre qu'il y ait d'autres ovnis comme moi, qui aient l'envie et surtout le courage de rester. Petit, ça va. Mais à l'adolescence, c'est compliqué. Les parents craignent le regard des autres, les enfants ne gèrent pas bien les moqueries ». Son optimisme naturel est mis à rude épreuve, le conservatisme étant la norme. Il déplore « la misogynie et l'homophobie » du milieu.